Généalogie Dubuc-Landry

Une histoire de familles

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2201 Selon site de Serge Viel - 14 enfants Sirois, Mathilde Marie (I7723)
 
2202 Selon site de Serge Viel - 14 enfants. Viel, François Xavier (I7722)
 
2203 Selon site de Serge Viel - 2 enfants Vielle, Louis (I10104)
 
2204 Selon site de Serge Viel - 2 enfants Foin, Jeanne (I10105)
 
2205 Selon site de Serge Viel - 3 enfants Vielle, Jean-Baptiste (I7959)
 
2206 Selon site de Serge Viel - 3 enfants Lavoie, Félicité (I7960)
 
2207 Selon site de Serge Viel, 12 enfants.

Selon le recensement de 1911, ne sait ni lire, ni écrire. Il vivait avec son fils Thomas. 
Viel, Raphaël (I2496)
 
2208 Au moins une personne vivante ou marquée privée est liée à cette note - Les détails ne sont donc pas publiés. Famille F7324
 
2209 Au moins une personne vivante ou marquée privée est liée à cette note - Les détails ne sont donc pas publiés. Famille F7325
 
2210 Sépulture par Huot p.m.
Témoins:
Syfroi Thériau
Etienne Comeau 
Roussel, Didier (I17267)
 
2211 Sépulture par Louis Théoph. Fortier, Ptre
Témoins:
Olivier Basque
Joseph Arseneau 
Basque, Anonyme (I6439)
 
2212 Sépulture par Ph. Aug. Parent, Ptre Miss.
Témoins:
Clément Desjardins
Tranquille Desjardins 
Pominville, Anonyme (I18859)
 
2213 Sépulture par Ph. Aug. Parent, Ptre Miss.
Témoins:
Prosper Desjardins
François Brideau 
Basque, Marie-Nathalie (I6403)
 
2214 Sépulture par Ph. Aug. Parent, Ptre Miss.
Témoins:
Prosper Desjardins
François Brideau 
Caplan, Françoise (I18858)
 
2215 Sépulture par T. Cook Ptre Miss.
Témoins:
Jean ? Beaulieu
Guillaume Lauzier 
Bastarache, Michel (I4815)
 
2216 Sépulture par T. Cook, Ptre Miss.
Témoins:
Louis Brideau
Fidèle Bastarache 
Robichaud, Jean (I4715)
 
2217 Au moins une personne vivante ou marquée privée est liée à cette note - Les détails ne sont donc pas publiés. En vie (I17999)
 
2218 Service militaire
Numéro matricule : 41613
Âge : 25
Force : Armée
Unité : Canadian Infantry (Quebec Regiment)
Division : 22nd Bn.

Renseignements supplémentaires :
Fils de Edouard Lacroix et Delphine Boisvert, son épouse.
Inscription commémorative sur la page 115 du Livre du Souvenir de la Première Guerre mondiale.

Source: Anciens Combattants Canada

11 NOVEMBRE 2012, JOUR DU SOUVENIR : LE SOLDAT AIMÉ LACROIX (1891-1916), VÉTÉRAN DE LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE, EST LE PREMIER AUTOCHTONE À RECEVOIR LA MÉDAILLE DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE, AU QUÉBEC


© Famille Jean Lacroix


Premier vétéran Autochtone à recevoir la Médaille de l'Assemblée Nationale du Québec, le soldat Aimé Lacroix se voit élevé à titre posthume, en ce 11 novembre 2012, du rang de héros familial à celui de héros de la Nation québécoise, de la Nation Atikamekw et de la Nation Autochtone tout entière.

Au chef Autochtone Jean JolicÅ?ur, il aura fallu dix ans d'efforts pour que ce combattant fauché en 1916, dans sa 25e année, par le conflit le plus meurtrier de l'Histoire, obtienne la reconnaissance de son pays.

Aimé Lacroix appartenait à cette génération à laquelle la dureté des temps n'avait que deux choix à offrir : la pauvreté ou la guerre. Comme des milliers de jeunes gens, il s'engagea dans la seconde voie pour tenter d'échapper à la première. Nous est-il possible d'imaginer ses sentiments, ce mélange de douleur et de terreur, lorsque arraché à l'amour des siens et à la quiétude de sa campagne, il fut brutalement plongé dans l'horreur de la haine, du feu des canons, des hurlements, des corps de ses camarades agonisants dans les bras de la Mère Terre éventrée, ruisselante de sang et de pluie, leurs yeux grands ouverts sur un père Ciel asphyxié par les gaz et en apparence inaccessible ?

Avec un courage, un sens du devoir et un patriotisme exemplaires, Aimé assuma néanmoins sa mission jusqu'à la fin. Inconscient de la gravité de ses blessures ou préférant peut-être la cacher à ses proches, il rendit sa « petite grande » âme - pour emprunter une image à Victor Hugo - en terre étrangère, en Grande-Bretagne, où il repose depuis 96 ans. La distinction qui l'honore aujourd'hui dans le cimetière Côte-des-Neiges de Montréal, le rend un peu à son sol natal et à ses descendants, comme elle l'immortalise désormais dans notre mémoire collective, si facilement oublieuse.
Ismène Toussaint

Pour la Cérémonie du 11 novembre 2012 au Cimetière Côte-des-Neiges, à Montréal

En présence de représentants de l'Assemblée Nationale du Québec, de la Chambre des Communes, de consulats de plusieurs pays, des Fusiliers Mont-Royal, du 22e Royal Régiment, de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJBM), de l'Alliance Autochtone du Québec (AAQ).

***


SOLDAT AIMÉ LACROIX

PAR LA FAMILLE JEAN LACROIX (OCTOBRE 2012)

Aimé Lacroix est né en 1891 à La Tuque, en Mauricie. Dans sa jeunesse, il travaille comme ouvrier sur des chantiers de coupe de bois et comme guide de chasse et de pêche dans une région où, à lâ??époque, le travail se fait rare et est peu rémunéré.

Aussi, en 1915, alors que la Première Guerre mondiale fait rage en Europe, Aimé Lacroix décide-t-il de sâ??engager volontairement auprès des recruteurs de passage à La Tuque : il est affecté en qualité de soldat au 22e Bataillon (qui deviendra un jour le 22e Régiment d'Infanterie canadien-français).

Après avoir suivi un entraînement sommaire au Canada, il est envoyé outre-mer, où il sera mobilisé quelque temps en Angleterre, en prévision de différentes opérations militaires à mener en France. Une fois arrivé là-bas, il aura lâ??occasion dâ??écrire aux membres de sa famille les horreurs de la guerre, les suppliant de tout faire pour ne pas se retrouver à leur tour sur ces champs de batailles.

Câ??est donc en France, en septembre 1916, alors qu'il combat lâ??armée allemande avec ses frères dâ??armes, quâ??il est blessé à la tête par une déflagration dâ??obus, ce qui le rendra inapte au combat.

Rapatrié en Angleterre sur le navire St-Patrick, il entre à lâ??hôpital militaire dâ??Epsom, dans le Sussex, où il demeurera trois mois ; période durant laquelle il correspondra avec sa famille, l'informant quâ??il guérissait et se rétablissait lentement.

Malheureusement, au début de lâ??année 1917, une lettre officielle fut envoyée par le Ministère de la Défense à sa famille de La Tuque, lui annonçant le décès dâ??Aimé Lacroix.

Le soldat Lacroix est donc mort le 31 décembre 1916 à lâ??hôpital dâ??Epsom, en Angleterre, des suites de ses blessures : il avait 25 ans. Il fut inhumé au cimetière de cette ville, où il repose aujourdâ??hui dans une section destinée aux combattants de la Grande Guerre.

Quelques années plus tard, la famille récupéra quelques-uns de ses effets personnels, ainsi que les distinctions honorifiques qui lui avaient été attribuées, soit la médaille de Guerre dâ??Angleterre et la médaille de la Victoire. Le fait qu'elles lui aient été remises en même temps soulignait un acte de bravoure.

La famille Lacroix nâ??a jamais oublié la vaillance et les grands sacrifices de ce grand-oncle. Il demeure bien vivant dans nos pensées et nous a légué, bien malgré lui, une grande fierté. Ses décorations militaires occupent une place de choix dans la maison patriarcale de La Tuque et régulièrement, les membres de notre famille relatent l'aventure courageuse et téméraire quâ??il vécut seul, loin des siens, pour la liberté des générations futures.




© Société Saint-Jean-Baptiste-de-Montréal







© Ismène Toussaint - Jean JolicÅ?ur -
Famille Jean Lacroix - 
Lacroix, Aimé (I1160)
 
2219 Ses parents se sont mariés à Tourouvre vers 1612. Un frère et une soeur sont baptisés à Tourouvre, église Saint-Aubin dont Françoise, le 17 mars 1625 et Noël, le 06 janvier 1630. Ses grands-parents sont Noël et Louise Lambert.

Source : Fichier Origine 
Pinguet de Laglardière, Pierre (I8965)
 
2220 Shirley Ruth Landry Gero 1931 2018
Posted on August 15, 2018 by
General Information
Full Name
Shirley Ruth Landry (Gero)
Date of Birth
Saturday, December 12th, 1931
Date of Death
Tuesday, August 14th, 2018

Our most sincere sympathies to the family and friends of Shirley Ruth
Landry Gero 1931
2018.. 
Gero, Shirley Ruth (I1741)
 
2221 Signalée au recensement de 1752, qui semble être décédée jeune. Richard, Fille (I4290)
 
2222 Signalée au recensement de 1752, qui semble être décédée jeune. Richard, Fille (I4291)
 
2223 Signalée au recensement de 1752.

Centre d'études acadiennes - Université de Moncton 
Arsenault, Fille (I4373)
 
2224 Signataire - Adonaï Dubuc
Officiant religieux - L. C. bédard 
Dubuc, Armand Joseph (I1368)
 
2225 Sir Allan-Napier MacNab, homme politique, homme dâ??affaires, spéculateur foncier, avocat et militaire, né le 19 février 1798 à Newark (Niagara-on-the-Lake), Haut-Canada, le troisième des sept enfants dâ??Ahan MacNab et dâ??Anne Napier, décédé le 8 août 1862 à Hamilton, Haut-Canada.


Le père dâ??Allan Napier MacNab avait été lieutenant dans le 2e corps dâ??armée des Queenâ??s Rangers de John Graves Simcoe, qui participa à la guerre dâ??Indépendance américaine. Mis en demi-solde, il sâ??installa à York (Toronto) où on lui refusa un autre grade et un poste dans lâ??administration civile. En faillite à un certain moment, Ahan MacNab luttait en marge de la société tory du Haut-Canada. Câ??est dans ce climat instable que naquit Allan Napier MacNab. Malgré les problèmes financiers de la famille, il fréquenta quelque temps la Home District Grammar School du révérend George Okill Stuart à York. Les relations nouées par son père avec lâ??establishment civil et militaire dâ??York le serviront dans sa future carrière. Plus important encore, il fit siennes les hautes ambitions financières et sociales de son père, son penchant pour lâ??armée ainsi que sa persévérance dans les situations défavorables.


Pendant la guerre de 1812, MacNab, qui avait 14 ans lorsquâ??elle éclata, donna libre cours à ses instincts guerriers. Il combattit à Sackets Harbor, à Plattsburgh et à Black Rock, état de New York, ainsi quâ??au fort Niagara. En mars 1814, il fut promu enseigne du 49e régiment. Sa carrière militaire ayant été abrégée par le licenciement de certains régiments à la fin de la guerre, MacNab rechercha fiévreusement un autre emploi. En 1816, il entra à lâ??étude du juge Dâ??Arcy Boulton, père. Que MacNab ait mis près de deux fois le temps normal pour être admis au barreau fut le résultat de son instruction incomplète et de son goût pour lâ??action. Ainsi, dans sa jeunesse, il se mêla de théâtre, de menuiserie et de spéculation foncière. Puis, en 1820, il renoua ses relations avec lâ??armée en devenant capitaine de la milice de York. Même son mariage en 1821 avec Elizabeth Brooke, fille dâ??un militaire britannique, ne réussit pas à lâ??assagir. Ce nâ??est quâ??à la mort soudaine de sa femme, alors quâ??elle donnait naissance à leur second enfant, en janvier 1825, quâ??il commença à sâ??astreindre à une discipline de vie. Il entra au barreau en 1826.


Il décida de quitter York, où les possibilités dâ??avancement semblaient bloquées par les familles Allan, Robinson, Boulton et Strachan. MacNab manifestait toujours de la réticence « à accepter un rôle secondaire » et préféra installer son bureau, en qualité de premier avocat résidant, dans la modeste mais prometteuse localité de Hamilton, où, espérait-il, lâ??avancement serait plus facile. Comptant sur les relations de son père avec la famille Jarvis, il se lia rapidement dâ??amitié avec William Munson Jarvis, shérif du district de Gore, dont la famille lui fournit une aide précieuse dans le domaine des affaires et de la politique. Des relations avec des gens de robe le rapprochèrent de lâ??influente famille Chisholm dâ??Oakville et des Hatt dâ??Ancaster. De plus, John Beverley Robinson, lui aussi vétéran de 1812, lui obtint la charge de notaire. En août 1827, il défendit avec succès plusieurs tories éminents de Hamilton accusés dâ??avoir couvert de goudron et de plumes George Rolph, un réformiste qui avait été accusé dâ??adultère et dont lâ??avocat était William Warren Baldwin. Avocat de plus en plus recherché, MacNab avait déjà, au bout dâ??un an, au moins un étudiant en apprentissage sous sa direction. Il était maintenant en mesure dâ??acheter et dâ??exploiter des terres dans la région de Hamilton. En partie grâce aux Chisholm, MacNab fut nommé, en mai 1830, lieutenant-colonel du 4e régiment de la milice de Gore. À ce moment-là, il avait à sa charge quatre sÅ?urs célibataires, sa mère veuve depuis peu, et ses deux enfants. En septembre 1831, il épousa Mary Stuart, fille de John Stuart, ancien shérif du district de Johnstown, et nièce de George Okill Stuart et de Henry John Boulton. Ce mariage lâ??unit encore à des personnes influentes et fut, en lâ??occurrence, une alliance très bien venue.


MacNab comprit parfaitement les mécanismes dâ??avancement, mais câ??est le hasard qui le mit en vue auprès du public. En 1829, il avait refusé de témoigner devant un comité de lâ??Assemblée, présidé par le réformiste William Warren Baldwin, lequel enquêtait sur la pendaison en effigie du lieutenant-gouverneur sir John Colborne à Hamilton par une foule de tories. Entraînée par William Lyon Mackenzie, lâ??Assemblée condamna MacNab à dix jours de prison pour violation des privilèges de la chambre. Il est douteux que MacNab eût envisagé une telle issue. Mais il devint un martyr tory, image quâ??il exploita efficacement pendant les élections de 1830 alors que John Willson et lui battirent les réformistes dans le comté de Wentworth.


Au cours de son premier mandat à lâ??Assemblée, MacNab rencontra de nombreuses difficultés. Il avait la conviction quâ??il ne serait pas sage de sâ??identifier à un seul groupe dans une atmosphère politique qui se caractérisait par le manque de stabilité des alliances. Dans un premier geste pour augmenter son influence politique dans la province, MacNab chercha à renforcer ses liens dans la région de Wentworth. La puissance des hommes politiques était fonction de celle quâ??ils possédaient dans leur région respective et, de ce côté, MacNab avait du travail à faire. Avec William Hamilton Merritt de St-Catharines, les Chisholm dâ??Oakville, ainsi quâ??avec les Béthune et les Cartwright de la région de Cobourg-Kingston, il sâ??occupa à décentraliser et redistribuer le pouvoir politique et commercial de la coterie de York. MacNab devait agir prudemment. Non seulement devait-il affronter une forte opposition politique dans Wentworth, conduite par James Durand de Dundas, mais il était aussi endetté à la fois envers lâ??institution financière de York, la Bank of Upper Canada, et envers plusieurs relations de York qui avaient contribué à son avancement.


William Lyon Mackenzie, allié des Durand, fut la première cible de MacNab. Circonvenu par Mackenzie à la fois à lâ??Assemblée et dans une réunion politique à Hamilton, MacNab riposta en appuyant une motion, en décembre 1831, ayant pour but dâ??expulser son rival de lâ??Assemblée pour diffamation. Ce fut la première de cinq expulsions; MacNab prit une part active à toutes. La signification de ces expulsions dépassa bientôt la vengeance personnelle et même les différends du parti. En dirigeant lâ??attaque contre lâ??irascible rédacteur en chef, MacNab fut capable dâ??établir son ascendant sur lâ??Assemblée et de maintenir un lien avec les tories de York. Il avait grandement besoin de cet appui parce quâ??il se tramait, sous le couvert de celui-ci, des manÅ?uvres et des oppositions à lâ??intérieur du parti pour lâ??obtention du pouvoir économique et commercial au Haut-Canada. La lutte à lâ??intérieur du parti fut plus évidente en ce qui avait trait aux banques et à la spéculation foncière.


Au début, MacNab évita dâ??entrer en conflit direct avec York. Tout en appuyant la Commercial Bank de John Solomon Cartwright à Kingston, dans lâ??espoir de diriger son « agence » future à Hamilton, le rusé débiteur continuait à fournir à la Bank of Upper Canada son aide à lâ??Assemblée. En retour, il profita dâ??un crédit généreux de la part de cette dernière et, en mars 1833, fut nommé son conseiller juridique pour le district de Gore. Utilisant ce crédit et ses propres réserves dâ??argent assez limitées, il augmenta sa spéculation foncière. En mai 1832, il possédait environ 2 000 acres de terre indéfrichées dans les districts de London, Gore et Newcastle. Plus important encore, en 1835, il avait accaparé la plupart des meilleurs terrains dans le centre de Hamilton en pleine expansion. Bien que ses avoirs aient dramatiquement fluctué et que leur valeur totale ne fut jamais connue, il devint vraisemblablement, comme le rapportait sir Charles Bagot en 1842, « un grand propriétaire, peut-être le plus grand du pays ».


Bien quâ??il y ait lieu de croire que MacNab nâ??était pas scrupuleux dans lâ??amortissement des hypothèques avant la revente, les acomptes quâ??il versait sur lâ??achat de terrains épuisaient sérieusement ses fonds en caisse, particulièrement au début des années 1830. Sa propriété de Burlington Heights, sur laquelle sâ??élèverait bientôt le symbole des aspirations sociales de MacNab, le splendide Dundurn Castle de 72 pièces, avait été achetée, en novembre 1832, de John Solomon Cartwright, pour la somme de £2 500, soit £500 de plus que MacNab comptait payer. Le jour même où il signa lâ??acte dâ??achat, un incendie détruisit ses chantiers de construction à Hamilton, causant des dommages sâ??élevant entre £5 000 et £10 000. De plus, il fut démis comme président de la Desjardins Canal Company, en 1834, après avoir déposé en nantissement les titres dâ??une partie importante de ses biens fonciers pour garantir un prêt du gouvernement à la compagnie en 1832. Ses relations avec la hiérarchie tory sâ??étaient également détériorées. En retard de quelque trois ans pour ses paiements à un créancier important, Samuel Peters Jarvis, MacNab prétendit que Jarvis était en dette envers lui pour des services anciens. Aux yeux de Jarvis, le bouillant avocat de Hamilton était tout simplement un « scélérat ».


Le resserrement du crédit plaça MacNab dans une situation difficile face à ses créanciers à York. Toutefois, le décès du registraire des terres de Wentworth retarda lâ??affrontement. Quiconque exerçait une influence dominante sur le Bureau dâ??enregistrement pouvait, en toute quiétude, acquérir des terrains inexploités, choisis, dans la région de Wentworth sans passer par la vente publique. À la suite dâ??une dure lutte avec James Durand, en avril 1833, MacNab obtint ce poste pour son frère David Archibald. Il avait acquis une grande influence sur le développement foncier de Wentworth et, comme résultat, il détenait une solide emprise sur lâ??avenir politique et commercial du comté.


Ce fut une victoire éphémère. Peter Robinson, commissaire des Terres de la couronne, désirant mettre un frein à la spéculation foncière effrénée et, de ce fait, conserver à York la mainmise sur le développement du Haut-Canada, émit un arrêté en conseil, le 8 novembre 1833, dans le but de resserrer et centraliser le contrôle sur la spéculation foncière. Cette démarche sapa lâ??action de MacNab et le poussa dans un conflit ouvert avec la capitale. Interprétant lâ??arrêté en conseil comme une tentative par les tories de York de contourner les « vendeurs de terrains » locaux et de monopoliser les profits, MacNab était furieux. En moins dâ??un mois, il présenta un projet de loi ayant pour but dâ??obtenir la reconnaissance juridique dâ??une banque rivale, la Gore Bank de Hamilton, critiqua les pouvoirs excessifs de la Commercial Bank et de la Bank of Upper Canada et même se mit à tergiverser sur lâ??appui quâ??il accorderait au projet de loi en vue de lâ??érection de York en municipalité sous le nom de Toronto.


Les répercussions ne se firent pas attendre. Le Conseil législatif non seulement rejeta son projet de loi sur la banque, mais aussi commença à entraver ses transactions immobilières en lui refusant un statut privilégié au Bureau dâ??enregistrement et en ignorant ses demandes et plaintes continuelles. Malgré la montée des coûts de construction de Dundurn, MacNab persévéra et réalisa des bénéfices sur ses transactions de terrains en 1834. Cependant, le contrôle définitif sur les terrains continua dâ??être entre les mains de Toronto.


Par contraste, il connut la réussite dans le domaine bancaire. Il y gagna lâ??appui dâ??hommes dâ??affaires en vue de Hamilton ainsi que lâ??aide des membres de lâ??Assemblée, qui désiraient lâ??établissement de banques locales pour la mise en valeur de leurs propres régions métropolitaines. La Gore Bank reçut sa charte à la fin de 1835. MacNab en possédait la majorité des actions. Il sâ??opposa alors à lâ??émission de chartes en faveur dâ??autres banques régionales.


Libéré des contraintes financières que Toronto imposait, MacNab continua à la fois dâ??étendre son empire commercial et de consolider son emprise politique locale. En 1837, il exploitait une ligne de navigation à vapeur entre Rochester, Oswego et Hamilton, était propriétaire dâ??un bassin portuaire important sur la baie de Burlington, promoteur principal et président du Hamilton and Port Dover Railway, administrateur actif du Great Western Railway, spéculateur foncier insatiable, constructeur, loueur et vendeur de maisons et de magasins, et propriétaire dâ??une taverne à Hamilton. Ses entreprises de chemin de fer augmentèrent la valeur de ses terrains et, en 1835 et 1837, il vendit de vastes lots en faisant de bons profits. Mais lâ??énergie que MacNab déploya dans les affaires contribua à diviser lâ??électorat de Wentworth, les ruraux se retrouvant en gros dâ??un côté et les gens de milieu urbain de lâ??autre. Sauf les foires commerciales quâ??il patronna, MacNab accorda peu dâ??attention au vote rural et, lors des élections de 1834, il se retira aussitôt du comté pour représenter le nouveau comté de Hamilton, centre de ses activités commerciales.


Même si on le considérait comme un des plus importants tories, câ??est le pragmatisme plutôt que lâ??idéologie qui réglait les manÅ?uvres commerciales de MacNab. Les tories de Toronto étaient ses concurrents commerciaux les plus importants. Nâ??étant pas intéressé aux canaux traditionnels de commerce avec la Grande-Bretagne, il pouvait facilement souscrire aux projets de chemins de fer du Great Western, de Hamilton et Port Dover (le dernier en rapport avec sa ligne de navigation à vapeur) comme de simples liens entre lâ??est et lâ??ouest des États-Unis. Il ne lui répugna pas non plus dâ??approcher des capitalistes de New York, pour le financement. En fait, lâ??année de la rébellion dans le Haut-Canada, il fit un plaidoyer passionné en faveur dâ??une plus grande immigration des Américains, soutenant, à la différence de la plupart des tories, quâ?? « ils étaient des gens entreprenants et que, si on les admettait, ils seraient dâ??un grand apport pour le pays ». Il reconnut quâ??il profiterait de la vente de terrains aux immigrants. Il critiqua aussi lâ??ingérence britannique dans les affaires bancaires du Haut-Canada et prétendit que les avocats britanniques devraient être soumis à un stage avant de pratiquer le droit dans le Haut-Canada, comme lâ??étaient les avocats canadiens en Angleterre. En soignant ses intérêts personnels et ceux de sa région, MacNab était prêt à aller à lâ??encontre non seulement des tories de Toronto mais aussi du ministère des Colonies.


Les gestes que posa MacNab révèlent toutefois quâ??il ne pouvait être défini complètement par le mot tory. Partisan des « réserves » du clergé, il croyait néanmoins que toutes les dénominations, y compris les catholiques, devaient recevoir une part égale des bénéfices quâ??elles procuraient : Bien quâ??anglican, il alla souvent à lâ??église presbytérienne, épousa une catholique en secondes noces et sâ??opposa à lâ??orangiste tory Ogle Robert Gowan, partiellement en raison de la forte position protestante de celui-ci. En 1836, en effet, il proclama son indépendance de tous les partis politiques et, en partie grâce à cette couverture, fut élu président de la chambre dâ??Assemblée en 1837.


Cependant, dans les années 1830, MacNab sâ??intéressa beaucoup à certains principes tories. Il souhaitait le développement des classes sociales, non leur amoindrissement ou leur abolition. Même au plus fort de son conflit avec les hommes politiques et les fonctionnaires de Toronto, il favorisa un Conseil législatif dont les membres seraient nommés, suggérant seulement que lâ??ensemble de ses conseillers soient plus représentatifs. Pour être écouté dans les milieux dirigeants et faire progresser les politiques militaires et économiques quâ??il préconisait, MacNab tenta avec un certain succès de contourner le conseil, qui était sous la domination des tories de Toronto, et de traiter directement avec le lieutenant-gouverneur sir Francis Bond Head. En 1836, MacNab sâ??opposa au gouvernement responsable parce quâ??il romprait les liens « avec la mère patrie ». Lâ??attachement à lâ??armée, bien que nâ??étant pas un phénomène exclusivement tory, était surtout une préoccupation du groupe dominant. Câ??est pourquoi en construisant Dundurn Castle, MacNab espérait parvenir, sans doute, à se faire admettre au sein de lâ??élite sociale de la colonie. Mais, en 1837, on ne pouvait prévoir qui du tory, de lâ??homme dâ??affaires ou de lâ??homme aux tendances libérales chez MacNab allait lâ??emporter.


Les tensions dans sa personnalité et ses vues du monde furent mises à rude épreuve par la rébellion mal inspirée de Mackenzie en décembre 1837 et janvier 1838. Avec quelque 65 hommes « recrutés à la hâte », MacNab se rendit précipitamment par bateau à vapeur à Toronto où, encouragé par Head, il aspira au commandement des forces loyalistes. Presque toutes les troupes régulières britanniques de Toronto avaient été dépêchées au Bas-Canada pour aider à réprimer la rébellion, mais à Toronto le colonel James Fitzgibbon, retraité de lâ??armée active britannique et adjudant général de la milice, refusa de servir sous MacNab. On consentit à un compromis : sous le commandement nominal de FitzGibbon, MacNab conduisant le « corps dâ??armée principal », plus de 1 000 hommes se dirigèrent vers le nord, le 7 décembre, à la taverne Montgomery où ils mirent en fuite les rebelles.


MacNab ne fit pas attention aux plaintes et aux intrigues des officiers de lâ??armée active à Toronto qui prétendaient avoir été mal traités par Head et lui-même. À la suite de la victoire à la taverne Montgomery, Head nomma MacNab seul commandant des troupes envoyées dans le district de London pour réprimer les rebelles conduits par Charles Duncombe. La conduite de MacNab comme commandant fut discutable. Il eut à faire face à de graves problèmes de communication, de service dâ??approvisionnement, dâ??autorité sur des volontaires ardents, mais non aguerris, en même temps quâ??il ignorait certaines règles fondamentales des opérations militaires. Il doit partager la responsabilité avec les services de lâ??Intendance, pour les privations et la démoralisation causées par les retards dans le paiement des miliciens et des fournisseurs. La mobilisation de plus de 1500 hommes se fit dans le plus complet désordre. Dès le 14 décembre, MacNab admit quâ??il disposait « dâ??au moins six fois plus dâ??hommes quâ??il nâ??en avait besoin ». Cependant, il prit la défense de son armée, insistant sur son importance comme menace et comme preuve de lâ??enthousiasme local, soutenant que « les volontaires qui se joignaient à lui dans ce district [London], ne seraient pas heureux dâ??être licenciés et tout laisser aux hommes de Gore ». Dans la confusion qui en résulta, Duncombe, comme lâ??avait fait Mackenzie avant lui, sâ??enfuit aux États-Unis.


MacNab traita les prisonniers rebelles de façon à modifier lâ??image quâ??on se faisait de lui, dâ??un tory à lâ??esprit étroit. Il fut capable dâ??évaluer les degrés dâ??implication et, de sa propre initiative, il emprisonna seulement les chefs des rebelles et permit à leurs partisans « déçus » de rester libres sur parole. Il alla jusquâ??à promettre la clémence à plusieurs. Lâ??intérêt quâ??il porta au simple soldat le fit également aimer de ses hommes. MacNab croyait que les officiers gagnaient le respect de leurs subordonnés non seulement par leur courage à la guerre mais aussi en tempérant la sévérité de la justice par la bienveillance et lâ??accessibilité en dehors du champ de bataille. Ses relations avec la milice furent généralement excellentes et il détourna adroitement les critiques de mauvaise administration vers le commandement central de Toronto et de Montréal.


Mackenzie quitta sa retraite américaine, rentra sur le territoire canadien et occupa lâ??île de Navy le 13 décembre 1837. Head continua dâ??ignorer les officiers réguliers de son état-major et, le 25 décembre, dépêcha le « populaire » MacNab, encadré dâ??officiers de lâ??armée régulière et appuyé par la marine, pour commander les troupes à la frontière du Niagara. Devant la participation active de sympathisants américains, le lieutenant-gouverneur reconnut que la révolte avait « pris un caractère nouveau et différent », bien que MacNab et lui-même eussent réagi comme ils lâ??avaient fait auparavant. Les volontaires du Haut-Canada affluèrent à la frontière â?? environ 2 000 vers le 29 décembre et plus de 3 000 au 10 janvier â?? bien que les fournitures et le cantonnement fussent insuffisants et, plus grave encore, les instructions imprécises. Alors quâ??il refusait dâ??autoriser une attaque contre lâ??île, Head négligea dâ??indiquer dâ??autres solutions comme le blocus de lâ??île et de ses fournisseurs américains. Ni MacNab ni Head ne semblèrent aptes à interpréter les rapports contradictoires au sujet de la force ou du moral de leurs ennemis; le colonel Colley Lyons Lucas Foster, officier britannique compétent de lâ??armée active, resta à Toronto et le commandant en chef Colborne, qui était à Montréal, ne fut pas tenu au courant de la situation. MacNab alternait les exercices militaires et les exploits gastronomiques. La faiblesse de commandement au front devint apparente quand une sortie, à lâ??aube du 29 décembre, conduite par des officiers à moitié ivres, faillit tourner au désastre. MacNab et sa milice manquaient nettement de la discipline nécessaire pour contenir passivement les rebelles. Sur les ordres de MacNab, dans la nuit du 29 décembre, Andrew Drew, officier retraité de la marine royale, conduisit un contingent contre le Caroline, navire américain qui approvisionnait les rebelles, et le détruisit dans les eaux américaines.


La réaction fut prompte. Un citoyen américain avait été tué et MacNab fut inculpé de meurtre dans le comté dâ??Erie, état de New York. Les journaux américains devinrent de plus en plus bellicistes. Colborne ordonna immédiatement au colonel Foster de prendre le commandement de toutes les milices et troupes régulières dans la province et au colonel Hughes, Britannique de lâ??armée active, de remplacer MacNab comme commandant à Niagara. Protestant que Hughes recevrait « tout le mérite », malgré que la milice et lui aient accompli « tout le travail pénible », MacNab devait finalement céder devant lâ??insistance de Colborne. MacNab quitta la frontière, ironiquement la nuit même où Mackenzie et ses rebelles se retirèrent à la dérobée de lâ??île de Navy. Pendant que le colonel Hughes occupait lâ??île presque déserte, MacNab, le destitué, intriguait à Toronto au sujet de son commandement perdu.


Lâ??expérience de la rébellion, forte en émotions de toutes sortes, transforma lâ??attitude souple du MacNab des années 1830. Le sentiment dâ??avoir fait ses preuves, renforcé par la réception dâ??un titre de chevalier en mars 1838, fortifia sa conviction que les attributs du pouvoir et le prestige lui étaient dus à juste titre. Il ignora les critiques du juge en chef John Beverley Robinson, de William Henry Draper et du gouverneur général Colborne, au sujet de son rôle pendant la rébellion. Il ne se rendit pas compte également que des bouleversements profonds étaient sur le point de se produire dans les structures sociales et politiques du Haut-Canada.


La décennie des années 1840 fut une période de changements économiques et politiques complexes. Lâ??union du Haut-Canada et du Bas-Canada, en 1841, le rappel des Corn Laws en 1846 et la compression rigoureuse des dépenses furent le présage de lâ??avènement du gouvernement responsable en 1848. MacNab ne fut pas le seul à être impuissant ou à éprouver de la répugnance à sâ??adapter à un nouvel ordre de priorités politiques, économiques et sociales. Jusquâ??au milieu des années 1840, John Solomon Cartwright, Henry Sherwood et quelques autres tories appuyèrent les critiques de MacNab au sujet de la politique domestique et impériale. Après la retraite de Christopher Hagerman au début de 1840, parce que MacNab fut le leader de ce petit groupe, beaucoup lâ??ont représenté comme le type parfait du tory attardé. En réalité, il ne fut pas tellement lâ??avocat dâ??une structure sociale et politique abstraite, que le défenseur de sa situation privilégiée à lâ??intérieur de la structure en place. Lâ??ardeur de sa résistance aux changements dans les années 1840 varia directement selon lâ??obtention ou non de certains postes.


En 1839, le gouvernement britannique et son premier représentant au Canada, Charles Edward Poulett Thomson, qui sera bientôt lord Sydenham, croyaient que lâ??union du Haut et du Bas-Canada, établie sur le fondement de la représentation égale et dâ??une direction modérée et efficace, conduirait à lâ??assimilation des Canadiens français et à une administration plus économique du pays. MacNab appuya les buts économiques du projet de loi de Thomson en faveur de lâ??union, mais sâ??opposa à ses aspects culturels parce quâ??il avait conscience que les députés de langue française domineraient la législature et que les liens traditionnels du Canada avec la Grande-Bretagne diminueraient. En mars 1839, MacNab, Sherwood et plusieurs autres tories appuyèrent les motions de Cartwright, dont le but était dâ??assurer la prédominance des loyaux habitants du Haut-Canada dans la législature unie. Grâce à des conservateurs influents comme William Henry Draper qui votèrent contre elles, les motions de Cartwright furent rejetées.


Après cette défaite, MacNab était tout disposé à travailler à lâ??intérieur de la nouvelle union. Il était même prêt à accepter la définition du gouvernement responsable telle que donnée en 1839 par lord John Russell: le Conseil exécutif, bien quâ??émanant de lâ??Assemblée, était responsable uniquement devant le gouverneur général qui devait avoir le droit de choisir et de remplacer ses membres aussi bien que de distribuer les postes. De cette façon, les liens traditionnels avec la couronne et le contrôle ultime de celle-ci demeureraient inviolés. De cette façon, également, présumait MacNab, on ne pouvait ignorer la présence de ceux qui étaient loyaux à la couronne.


Dans ses relations avec le Canada, à la fin des années 1830 et durant les années 1840, le ministère des Colonies fit valoir le besoin de bons administrateurs capables de relever les finances, ce que MacNab était loin dâ??être. Il fut également affecté directement par une réduction des dépenses. Ses honoraires élevés de conseiller de la reine (nomination quâ??il reçut en 1838) furent minutieusement examinés et accordés à regret en 1839 et 1840. En dépit des protestations de MacNab, le commandement général de la milice de Gore fut confié à un officier plus expérimenté durant le soulèvement des Patriotes de juin 1838. Non seulement les recommandations de MacNab furent ignorées lors de la réorganisation de la milice en 1839â??1840, mais aussi, en raison de coupures budgétaires, il ne put continuer plus longtemps dâ??être officier dans la milice active. La perte de ce poste diminua son prestige, ses chances de faire du « patronage » et son revenu.


Vers le milieu de lâ??année 1841, MacNab avait concentré son mécontentement croissant sur le gouverneur général. Sydenham encouragea son secrétaire provincial, Samuel Bealey Harrison, quâ??il considérait comme un homme politique modéré et talentueux, à se porter candidat dans Hamilton parce que MacNab avait fait savoir quâ??il se présenterait dans Wentworth. Quand MacNab déjoua la manÅ?uvre en se présentant dans Hamilton où il défit Harrison, ses relations tendues avec Sydenham devinrent évidentes. Incapables dâ??en arriver à un accord, les deux parties se crurent victimes dâ??injustice et de trahison. En ignorant les sujets loyaux, conclut MacNab, Sydenham allait à lâ??encontre de la vraie politique de la couronne et, en conséquence, on devait lui résister. Malheureusement pour la crédibilité de MacNab, sa définition dâ??une juste politique avait tout lâ??air dâ??une argumentation spécieuse: qui, après tout, était plus loyal que lui le chevalier valeureux ?


Si Sydenham ne pouvait pas calmer MacNab, il pouvait lâ??isoler. Câ??est ce quâ??il fit. Sous la tutelle de Sydenham, les alliés virtuels de MacNab, comme Draper, commencèrent plutôt à former un parti qui se caractérisait par ses vues modérées et ses hommes doués de compétence administrative. À court dâ??appui â?? il put compter sur six ou sept votes dans la législature après les élections de 1841 â?? MacNab rechercha une entente avec le parti canadien-français par laquelle on mettrait fin à lâ??Union et on créerait à la place deux gouvernements liés par une politique économique commune. De concert avec les réformistes du Haut-Canada, tels que Robert Baldwin et Francis Hincks, MacNab réalisa que les Canadiens français formaient le groupe pivot à lâ??intérieur de lâ??Union et quâ??ils ne pourraient ni ne voudraient être assimilés, comme lâ??espéraient lord Durham [Lambton] et Sydenham. Privé par Sydenham dâ??avancement dans le gouvernement, MacNab réagit dâ??une manière qui lui avait profité dans le passé ; il en appela directement à une instance supérieure. Inexplicablement, ou tel il sembla à MacNab, un voyage en Angleterre, au début de 1842, se révéla infructueux. Le ministre des Colonies, lord Stanley, lui refusa la dignité de baronnet mais, à titre de compromis, MacNab se vit offrir le poste dâ??adjudant général du Haut-Canada. Toutefois, quand le successeur de Sydenham, sir Charles Bagot, fit obstacle à cette nomination, lâ??amertume de MacNab dépassa les limites. De plus en plus isolé au sein de lâ??Assemblée â?? même Sherwood entra dans lâ??administration de Bagot à titre de solliciteur général en juillet 1842 â?? MacNab, comme lâ??écrivit Bagot, se conduisit « dâ??une manière très factieuse â?? et très mal ».


En septembre 1842, la meilleure occasion de sa vie sâ??offrit à MacNab dâ??organiser un parti efficace. Des tories tels que Sherwood et plusieurs conservateurs modérés désapprouvaient la formation du premier gouvernement réformiste de Baldwin et Louis-Hippolyte La Fontaine. Draper se retira de la politique active et MacNab devint chef des éléments conservateurs modérés et tories dissidents. Mais quand le gouvernement réformiste remit sa démission en décembre 1843 sur la question du contrôle du « patronage », sir Charles Metcalfe désigna Draper, le modéré semi-retraité, pour former un nouveau gouvernement. Comme lâ??a plus tard expliqué Metcalfe, MacNab était « tellement antipathique aux partis qui constituaient alors la majorité dans la chambre dâ??Assemblée [...] quâ??il pouvait difficilement le faire entrer au conseil ».


Tard en 1844, MacNab commença à prendre un certain recul : les vieux alliés, tels que Cartwright, quittaient la politique; les relations personnelles entre MacNab et Draper étaient tendues, au moins depuis lâ??affaire du Caroline. À la suite des déceptions que lui avaient causées les autorités coloniales, les différences avec les réformistes ne lui semblaient plus tellement irréconciliables. Même sur la question cruciale de la fidélité à lâ??Angleterre, il admit publiquement que Baldwin répondait à toutes les exigences. En fait, il se méfiait plus maintenant des conservateurs comme Sherwood, qui lâ??avaient laissé tomber sur des questions décisives dans le passé, que de plusieurs réformistes. Le pragmatisme souple dont il fit preuve avant 1837 commençait à réapparaître. Comme il le confia à un ami: « la persévérance et le travail, bientôt, me permettront de surmonter tous mes malheurs ». De 1845 à 1847, ses faits et gestes politiques plus modérés peuvent être attribués à des opérations lucratives dans les chemins de fer qui retenaient davantage son attention.


Câ??est sir Allan qui, en juillet 1851, après avoir bu « une ou deux bouteilles de bon porto », formula la phrase bien connue : « Ma politique se résume dans les chemins de fer. » Après 1845, il fut à diverses reprises président de trois compagnies, président du conseil dâ??administration dâ??une autre et administrateur dâ??au moins deux autres : le Great Western, 1845â??1854; le Grand Tronc, 1854â??1856 ; le Galt and Guelph, 1853â??1860 ; le Hamilton and Toronto, 1853â??1856; le Hamilton and Port Dover, 1854â??1860; la North West Transportation, Navigation, and Railway Company, 1858â??1860. Il présida sept fois la commission des chemins de fer à lâ??Assemblée, entre 1848 et 1857. George Brown lâ??accusa de sâ??être « arrangé pour faire la fortune ou la ruine de chaque projet de chemin de fer selon quâ??il le jugeait à propos ». Par ses discours publics et ses lettres privées, MacNab donnait prise à ce jugement. Comme ce fut le cas de plusieurs des activités de MacNab, cependant, la réalité était plus terre-à-terre.


Durant la période exploratoire du développement des chemins de fer, avant 1850, lâ??énergie indomptable et le peu de scrupules de MacNab lâ??ont beaucoup aidé. À titre de président du Great Western entre 1845 et 1849, il fut actif au pays et à lâ??étranger. Inlassablement, il désarma ses deux principaux compétiteurs, le Niagara and Detroit Rivers Railway dirigé par John Prince et le Toronto and Goderich Railway dirigé par le vénérable homme dâ??affaires de Toronto, William Allan, et défendu à lâ??Assemblée par le rival de MacNab au leadership tory, Henry Sherwood. En stigmatisant le premier comme une arme des capitalistes américains et le dernier comme une extension de la Canada Company, il sâ??acquit lâ??appui en faveur du Great Western. Il conclut aussi un arrangement clandestin avec Prince qui, en retour dâ??une somme dont la rumeur fit état, retira son projet de la compétition directe pour trois ans.


Malgré ses critiques sur les sources de financement de Prince, MacNab rechercha lui aussi lâ??appui financier au sud de la frontière et, pendant une brève période, employa même comme agent William Hamilton Merritt, le représentant politique et financier du Niagara and Detroit Rivers Railway. Ses relations avec les capitalistes britanniques révèlent un côté sordide de la carrière de MacNab dans les chemins de fer. Il refila 55 000 actions du Great Western à un syndicat dirigé par le roi tristement célèbre des chemins de fer en Grande-Bretagne, George Hudson, qui à son tour tenta de vendre ces actions à un prix artificiellement gonflé avant le premier appel de capital. MacNab et Peter Buchanan se joignirent au syndicat en vendant les actions jusquâ??alors sans valeur. Câ??était le dernier des soucis du spéculateur que lâ??acheteur pût fournir le capital au-delà du premier paiement, même si le chemin de fer ne pourrait être construit si on était incapable de répondre à des appels ultérieurs de capital. Se fichant de cette distinction, MacNab encaissa un bénéfice de £2 500. Parce que lâ??économie était à la baisse, cependant, le syndicat ne put écouler toutes ses actions, ni payer le premier appel. Pour la somme de £5 000 MacNab permit aux membres du syndicat de lui remettre toutes les actions moins 10 000. Les intérêts du portefeuille de MacNab primaient ceux du chemin de fer. Son mercantilisme, son insuccès dans la recherche de sources de capitaux sûres pour le chemin de fer, son incompétence dans la gérance, et son influence déclinante à lâ??Assemblée lui valurent dâ??être déposé comme président du Great Western en 1849, bien quâ??il demeurât un des administrateurs.


Pour MacNab, câ??était un revers parmi dâ??autres. Sa femme était décédée en 1846. Lâ??année suivante, il fut de nouveau incapable dâ??obtenir le poste dâ??adjudant général. Lors de la démission de Draper en mai 1847, Sherwood, de qui MacNab ne pouvait espérer que peu de tolérance, prit la tête du gouvernement. Il ne parvint pas non plus à réaliser une alliance avec Baldwin parce que, comme lâ??a noté un historien, les réformistes étaient « assez puissants [...] pour ignorer les avances du chevalier ». Même si MacNab avait été président (orateur) depuis 1845 et espérait être réélu en 1848, le nouveau gouvernement Baldwin-La Fontaine appuya plutôt Augustin-Norbert Morin. Ayant trop spéculé sur les terrains â?? à la fin de 1845, William Cayley et lui avaient acheté de George Rolph 145 acres dans la ville de Dundas pour £7 200 â?? ses finances étaient désorganisées et ses créanciers désireux « de serrer la vis ». Pour comble, la goutte était devenue sa fidèle compagne.


Sa frustration et sa colère furent à leur comble lors de lâ??adoption, en 1849, du projet de loi pour lâ??indemnisation des pertes subies pendant la rébellion, que MacNab regardait comme une récompense des activités rebelles du passé. Il revint à lâ??attitude factieuse et amère qui lâ??avait caractérisé en 1843. Sâ??appuyant sur le mécontentement à Montréal et dans les centres urbains à travers le Haut-Canada au sujet de la situation économique, il dénonça dans des discours et décria lord Elgin [Bruce], les Canadiens français, ainsi que les réformistes « déloyaux ». À la différence des tories de Montréal, cependant, il ne chercha pas à excuser lâ??incendie des édifices du parlement et la signature du Manifeste annexionniste. Il préféra se rendre à Londres et faire un appel personnel aux plus hautes autorités. Informé par le ministère des Colonies que lâ??intervention britannique dans les affaires canadiennes irait à lâ??encontre du gouvernement responsable, il revint chez lui abattu et quelque peu déprimé.


Ce quâ??il y avait de turbulent et dâ??ultra-tory chez MacNab disparut finalement à la fin de 1849. Graduellement, il mit de lâ??avant lâ??aspect modéré, visible dans la période dâ??avant la rébellion, qui lui permit de combler le vide entre les factions tories extrémistes et conservatrices modérées. Sa conduite pondérée pendant la crise des indemnités aux victimes de la rébellion, comparée à celle de plusieurs tories, le maintint en bonne position. Graduellement, il devint le premier porte-parole des tories sur les questions importantes. Après avoir succédé à Sherwood comme leader en 1849 et 1850, MacNab, au début des années 1850, fit de son mieux pour contenir la faction ultra-tory qui adhérait à la High Church. En 1852, conscient, comme il le fut au début des années 1840, que la puissance parlementaire reposait en fin de compte sur une alliance avec les députés francophones, il tenta de miner le groupe réformiste du Haut-Canada faisant partie du gouvernement Hincks-Morin formé à la fin de 1851, en prenant contact avec Joseph-Édouard Cauchon, partisan influent de Morin. On en arriva à une entente préliminaire sur une alliance qui viserait à garantir « à chaque partie de la province [...] la direction entière de sa législation et de son gouvernement ». Mais on ne mit pas lâ??entente en vigueur à ce moment. Étant partisan des écoles confessionnelles, MacNab permit aussi aux conservateurs quâ??il dirigeait de faire de la sécularisation des réserves du clergé, sur laquelle il avait été dâ??opinion modérée depuis les années 1830, une question libre lors des élections de 1854.


Ce fut la modération de MacNab qui, en partie, facilita la formation, en septembre 1854, dâ??une alliance entre les conservateurs du Haut-Canada et les réformistes de Hincks-Morin. Quelques ultra-tories sâ??y opposaient ainsi quâ??un groupe plus nombreux de Clear Grits conduits par George Brown. MacNab étant devenu premier ministre, la coalition adopta dâ??importantes mesures législatives: la réorganisation de la milice, la sécularisation des réserves du clergé, lâ??abolition de la tenure seigneuriale et lâ??établissement dâ??un Conseil législatif électif, mesures qui placèrent MacNab à lâ??avant-garde des réformes politiques. La coalition de 1854 fut possible parce que, pour les conservateurs modérés et les réformistes modérés, autant français quâ??anglais, les liens économiques dépassaient les différences confessionnelles. Au désir commun dâ??une organisation rationnelle de lâ??économie sâ??ajoutait chez les réformistes modérés canadiens-français un sentiment de crainte face à la puissance grandissante des Clear Grits. Comme John Alexander Macdonald, MacNab semblerait avoir été lâ??héritier direct du conservatisme modéré du Draper des années 1840.


La conduite politique de MacNab dans les années 1850, cependant, ne peut se comprendre indépendamment de ses affaires personnelles dans les chemins de fer. En 1850, lâ??administration des chemins de fer exigeait une compétence particulière que ne possédait pas MacNab. Quand il vint à comprendre quâ??il ne pourrait pas exercer le pouvoir réel, il commença de plus en plus à en convoiter le faste. Durant les années 1850, il rechercha surtout la sécurité et sâ??efforça constamment, comme il le confessa, « de régler ses affaires embrouillées et dâ??assurer le bien-être de ses enfants ». Il employa souvent des moyens dénués de scrupules. Par exemple, alors quâ??il était président du Great Western en 1847, Charles Stuart, lâ??ingénieur en chef, fit le tracé du chemin de fer à travers son domaine. Comme administrateur en 1851, MacNab vendit une partie de sa propriété de Burlington Heights au chemin de fer, à un prix exorbitant. En 1860, ses bénéfices sur les chemins de fer se montaient en valeur dâ??aujourdâ??hui aux environs de $400 000.


MacNab, au courant des manÅ?uvres louches des promoteurs dâ??une filiale du Great Western, tenta aussi lâ??extorsion. Peter Buchanan donna à un autre promoteur lâ??avertissement suivant: « si MacNab nâ??a pas approuvé dâ??une manière formelle vos actes dans le Hamilton and Toronto, il pourrait fort bien les mettre en doute et même vous taxer dâ??illégalité ». Mais MacNab ne pouvait guère aller plus loin: il existait en effet des preuves écrites quâ??il avait des intérêts dans un contrat de construction de route, dont il était lui-même un des administrateurs. Bien que ses coadministrateurs tracassés fussent tout à fait disposés à tromper les actionnaires, le gouvernement et le public en général, ils se refusaient à trahir leurs propres collègues. Ce qui nâ??était pas le cas de MacNab. Avec ses procédés inusités, sa réputation suspecte, il était, selon les dires dâ??un associé, « une excroissance dont on ne peut se défaire ».


Le Great Western tenta de se débarrasser de MacNab comme administrateur en juin 1854, et en guise dâ??essai lui promit un cadeau de £5 000 sâ??il prenait sa retraite. MacNab accepta la promesse et se tourna ensuite vers le grand rival du Great Western, le Grand Tronc, dont les politiques concernant les accords de tarifs et les pratiques compétitives courantes avaient retenu de plus en plus son attention à mesure que ses relations avec le Great Western se détérioraient. Ainsi, le gouvernement de coalition de 1854, approuvé par Francis Hincks, réformiste et, pendant longtemps, promoteur du Grand Tronc, et par John Ross, président de cette compagnie, était politiquement favorable à MacNab, particulièrement parce que, comme premier ministre, il pouvait extorquer de lâ??argent du Great Western tout en étendant son influence dans les cercles du Grand Tronc. En 1854, un des administrateurs du Great Western fit pression pour en arriver à « une entente immédiate ... avec MacNab pour £5 000 ... afin de sâ??assurer quâ??il reste à la tête du gouvernement et accorde son appui à la compagnie ». MacNab reçut les £5 000 en avril 1855, mais il ne fut pas aussi chanceux avec le Grand Tronc. Son pouvoir politique précaire commença à lui échapper en 1855 et 1856. MacNab fut rarement à lâ??Assemblée parce quâ??il était atteint de la goutte, et quelques-uns de ses collègues pensèrent quâ??il avait retardé le projet de loi ayant pour but de rendre électif le Conseil législatif. Sâ??opposant à la conception étroite que se faisait MacNab du favoritisme, à son leadership de plus en plus décroissant et, sans doute, à ses tentatives pour acquérir le pouvoir à lâ??intérieur du Grand Tronc, John Ross démissionna du gouvernement de coalition en avril 1856. Plaidant lâ??absence dâ??une majorité pour leur parti dans le Haut-Canada, les autres membres du gouvernement venant du Haut-Canada démissionnèrent au mois de mai. Transporté à lâ??Assemblée, MacNab nia sâ??être opposé à aucune mesure libérale proposée par le gouvernement. Il ne trouva pas dâ??appui et démissionna, sur quoi John Alexander Macdonald forma un nouveau ministère incluant, à lâ??exception de MacNab, la plupart des anciens membres. En novembre, il fut évincé du poste dâ??administrateur du Grand Tronc. MacNab avait joué jusquâ??au bout ses atouts: il semblait alors à bien des gens quâ??en politique aussi bien quâ??en matière de chemins de fer, il nâ??était plus du tout utile.


Un autre versement de £6 000 fut effectué à MacNab par le vice-président du Great Western, John Radcliffe, qui, en retour, rechercha lâ??aide de MacNab dans lâ??achat dâ??un réseau de lignes de chemin de fer communément connu comme la voie du sud. MacNab accepta avec empressement, sans doute stupéfié du peu dâ??intelligence de Radcliffe. Revigoré grâce au titre de baronnet, quâ??il obtint en juillet 1856 sur la recommandation du gouverneur général sir Edmund Walker Head, et au cadeau de £ 6000 du Great Western, il sâ??embarqua pour lâ??Angleterre.


Nâ??ayant rien obtenu en faveur du Great Western, MacNab revint pour peu de temps au Canada en 1857 et démissionna de son siège à la législature puis retourna en Angleterre. En 1859, il disputa sans succès le siège de Brighton à la chambre des Communes dâ??Angleterre. Tracassé par des problèmes financiers et par la difficulté de vendre certains terrains, il revint de nouveau à Hamilton pour régler ses affaires. En dépit de la goutte dont il souffrait, il se porta candidat au Conseil législatif comme représentant de la division de Western en 1860, fut élu et devint orateur (président) en 1862. La perspective dâ??une vente de terrains appréciable au gouvernement dominé par les conservateurs lâ??incita à se tourner vers le Conseil législatif. Il reçut $20 000, mais ce ne fut pas assez pour contenter ses nombreux créanciers. En août 1862, mourait le laird de Dundurn, débiteur sans un sou vaillant.


Même sa mort souleva des controverses. Pendant que ses créanciers discutaient de ses biens, la possession de son âme fut lâ??objet dâ??un débat entre les Églises anglicane et catholique. Cette dernière querelle fut gagnée par sa belle-sÅ?ur, Sophia Stuart, catholique fortement trempée. Bien que Sophia, la seconde fille de MacNab, eut épousé en 1855 un baron anglais, le vicomte Bury, sir Allan partit sans laisser dâ??héritier mâle. Robert, son fils unique, était mort en 1834. Câ??est ainsi que ses nombreuses distinctions sociales ne purent être léguées à personne.


Peu doué dans le domaine de la planification et de lâ??organisation, mais instigateur enthousiaste de nombreux projets commerciaux, militaires et politiques, MacNab entretint une image qui en fait ne recouvrait rien et ses succès étaient plutôt une façade. Le fait quâ??il nâ??appartenait pas entièrement au monde des grands féodaux et nâ??était pas membre de sa classe dirigeante, ni ne faisait partie totalement du monde des grands entrepreneurs explique quâ??il servit de pont entre les deux groupes, mais combien fragile. Sous cet aspect, il fut le reflet de plusieurs des contradictions qui se manifestaient dans le Haut-Canada pendant une période de profonds changements sociaux, politiques et économiques.


Peter Baskerville 
MacNab, Personnalité - Premier Ministre du Canada Allan-Napier (I10799)
 
2226 Sir Charles-Alphonse-Pantaléon Pelletier (baptisé Charles-Pantaléon), avocat, officier de milice, homme politique, éditeur, fonctionnaire et juge, né le 22 janvier 1837 à Rivière-Ouelle, Bas-Canada, fils de Jean-Marie Pelletier, cultivateur, et de Julie Painchaud, soeur de l'abbé Charles-François Painchaud; décédé le 29 avril 1911 à Sillery, Québec, et inhumé le 4 mai au cimetière de Rivière-Ouelle.

Charles-Alphonse-Pantaléon Pelletier fait ses études classiques au collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, de 1845 à 1856, puis il étudie le droit à l'université Laval, à Québec, durant trois ans. Admis au Barreau du Bas-Canada le 2 janvier 1860, il exerce à Québec avec Louis de Gonzague Baillairgé. Le 23 juillet 1861, son mariage à Rivière-Ouelle avec Susanne Casgrain, fille de Charles-Eusèbe Casgrain et d'Eliza Anne Baby, le met en relation avec deux familles influentes, dont plusieurs membres ont occupé des fonctions politiques. Le décès prématuré de sa femme, morte en 1862 en donnant naissance à un garçon, Oscar-Charles-Casgrain, qui s'illustrera dans la carrière militaire, ne rompt pas ses liens d'amitié avec son beau-frère Philippe-Baby Casgrain. Doit-il à sa belle-famille son ascension rapide dans la milice? Déjà en service actif en 1862 dans les Voltigeurs de Québec, il est promu capitaine en 1863, reçoit un certificat de première classe le 18 avril 1864 à la suite de cours à l'école militaire de Québec et commande la compagnie n° 1 du 9e bataillon des Voltigeurs en 1865. Il devient adjudant du bataillon l'année suivante, avec le grade de major, au moment de l'invasion des Féniens. Commandant en second de 1866 à 1867, il se retire la même année. Le 12 février 1866, Pelletier s'est remarié, aux Éboulements, avec la descendante d'une autre grande famille, Eugénie de Sales Laterrière, fille de Marc-Pascal de Sales Laterrière, médecin, et d'Eulalie-Antoinette Dénéchaud. Un seul enfant naît de ce mariage et meurt en bas âge.

Aux élections fédérales et provinciales d'août-septembre 1867, Pelletier décide de se lancer dans l'arène provinciale. Il est d'abord attiré par le Parti conservateur, puissant dans son comté natal de Kamouraska. Il ne semble guère éloigné du conservateur Jean-Charles Chapais, qu'il décide d'affronter, mais selon son adversaire, il «n'est que l'agent déguisé de Letellier [le libéral Luc Letellier de Saint-Just]». À la suite de scènes de violence qui empêchent l,appel nominal, l'élection est annulée tant au fédéral qu'au provincial, et la circonscription de Kamouraska demeure sans député jusqu en 1869. Pelletier se fait alors élire député libéral à la Chambre des communes à l'élection partielle du 17 février. Réélu en 1872, il a eu comme adversaire, dans les deux cas, Adolphe-Basile Routhier.

Pelletier ne délaisse pas pour autant la scène provinciale. Président de la Société Saint-Jean-Baptiste de la cité de Québec de 1871 à 1873, il se joint au groupe de libéraux modérés qui, en 1872, avec Honoré Mercier comme secrétaire, fonde un mouvement appelé à devenir le Parti national. Il est candidat de ce parti dans Québec-Est, à l'élection partielle des 3 et 4 mars 1873. La campagne électorale est mouvementée: son haut-de-forme, traversé d'une balle, devient légendaire. Élu député à l'Assemblée législative, son séjour y est bref, puisqu il démissionne le 20 janvier 1874 au moment de l'abolition du double mandat. Il conserve son siège dans la circonscription fédérale de Kamouraska, où il est réélu sans opposition la même année, mais n'en continue pas moins de s'intéresser à la circonscription de Québec-Est, où Wilfrid Laurier sera élu à une élection partielle fédérale en 1877. C'est Pelletier qui lui tiendra lieu de représentant et recevra ses électeurs. C'est par lui que passeront les demandes de faveurs pour le district de Québec et il vérifiera souvent lui-même le mérite ou les compétences des demandeurs.

En décembre 1876, Letellier de Saint-Just devient lieutenant-gouverneur de la province de Québec, et le premier ministre du Canada, Alexander Mackenzie, soucieux d'assurer une représentation régionale, choisit Pelletier pour remplacer Letellier de Saint-Just à titre de ministre de l'Agriculture, même si ce choix ne fait pas l'unanimité au sein du caucus libéral de la province de Québec; certains membres reprochent à Pelletier d'utiliser le favoritisme pour servir d'abord ses propres intérêts. Nommé membre du Conseil privé le 26 janvier 1877, Pelletier démissionne de son poste de député le 2 février 1877, pour être nommé sénateur de la division de Grandville. Ministre de l'Agriculture jusqu'au 16 octobre 1878, Pelletier est aussi président de la commission canadienne de l'Exposition universelle de Paris en 1878. Bien que ses responsabilités ministérielles ne lui permettent pas de se rendre à Paris, cette fonction lui vaut d'être nommé compagnon de l'ordre de Saint-Michel et Saint-Georges le 30 octobre; il en deviendra chevalier commandeur le 21 mai 1898. Son passage à l'Agriculture est court; les conservateurs reprennent le pouvoir en septembre 1878, et il redevient simple sénateur jusqu'en 1896.

C'est toutefois à Québec que continuent de se dérouler les principales activités de Pelletier. Associé à Mathias Chouinard dans la pratique du droit depuis 1877, il est nommé conseiller de la reine le 20 janvier 1879 et agit comme avocat de la couronne pour le Gouvernement provincial au cours de la même année. À partir de 1885, Pelletier est adjoint de son ancien associé Baillairgé, avocat de la ville de Québec depuis 1861; il exerce cette fonction seul de 1896 à 1900, au moment où on lui adjoint Chouinard, qui le remplacera en 1904 quand il deviendra juge. Il est bâtonnier du barreau de Québec en 1892. Toujours actif dans le Parti libéral, il participe en 1880 à la fondation du journal libéral l'Electeur, et c'est lui qui en suggère le nom. Il fait partie du premier conseil d'administration et même si son rôle au journal semble plutôt effacé, car son nom ne figure pas souvent dans les articles, il n'en est pas moins très important. Pelletier aide financièrement le journal à diverses reprises. Des années plus tard, il deviendra directeur du quotidien. C'est en effet à ce titre qu'il négocie, en janvier 1903, avec le syndicat et empêche une grève des typographes; son intervention n'est pas prisée par le rédacteur en chef, Ernest Pacaud, qui l'incite à s'occuper plutôt d'obtenir des contrats du gouvernement fédéral. À l'automne de cette même année, il signe, en tant que directeur, l'acte de vente du Soleil (nom de l'Électeur depuis 1896) quand Pacaud abandonne ses fonctions de rédacteur. Il passe ses après-midi au journal; tout en se défendant d'être le directeur responsable, il est le président de la nouvelle compagnie de publication et «la tête dirigeante». Il semble bien qu'il écrit ou tout au moins participe à la rédaction d'articles, mais son rôle principal est d'exercer la fonction de censeur: «Il nous arrive souvent des articles que nous ferions mieux de ne pas publier, écrit-il en 1904: j'en ai déjà supprimé mais je ne suis pas toujours là.» Pelletier mène aussi une petite carrière d'homme d affaires; il occupe les postes de vice-président de la Compagnie d'assurance de Québec contre les accidents du feu et de la Compagnie du chemin de fer de Québec au lac Huron. Il est administrateur de la Québec and Charlevoix Navigation Company ainsi que de la Compagnie de colonisation de Rivière-Ouelle, à qui il a vendu, en 1882, une vaste étendue de terre qui lui appartenait pour la somme de 7 500 $.

Le Parti libéral, tant fédéral que provincial, dispose de la même organisation, et Pelletier est amené à rendre service aux dirigeants politiques de la province. Il participe à la campagne électorale provinciale de juin 1890. En se rendant par train de Lévis à Sainte-Anne-de-la-Pocatière (La Pocatière), le 16 juin, pour voter à Rivière-Ouelle et, selon les conservateurs, pour distribuer de l'argent à des fins électorales, il est victime d'une rocambolesque tentative d'enlèvement. Vingt-six individus se retrouvent devant les tribunaux à la suite de cet incident. À titre d'agent du Parti libéral et de gardien de l'argent pour les contestations d'élections, Pelletier est l'un des témoins cités devant la commission royale d'enquête sur le scandale de la baie des Chaleurs en 1891. C'est à lui que Mercier a laissé des blancs-seings avant son départ pour l'Europe en mars. Tandis que ce scandale amène la révocation du gouvernement Mercier, Pelletier sort sans flétrissure de cet épisode.

Quand Laurier prend le pouvoir à Ottawa en 1896, Pelletier est l'un de ses conseillers pour la formation du cabinet. Laurier sait qu'il peut compter sur lui. Aussi le nomme-t-il président du Sénat le 13 juillet 1896; il occupe ce poste jusqu au 28 janvier 1901. Il y fait valoir ses qualités de médiateur et de conciliateur. Qualifié d'«évêque laïque», ses contacts avec le clergé sont aussi très précieux au premier ministre.

Le 30 septembre 1904, Pelletier est nommé juge à la Cour supérieure pour le district de Québec. Il entend régulièrement des causes, même si son état de santé est chancelant et que son médecin lui indique qu'il ne pourra pas résister au travail que la charge lui impose. Au début de 1908, il est en congé de maladie et, malgré l'avis de ses médecins, il reprend ses fonctions de magistrat à partir du 1er avril. Il espère peut-être ainsi convaincre Laurier de sa bonne santé et obtenir de remplacer sir Louis-Amable Jetté, qui termine son mandat à titre de lieutenant-gouverneur.

Le 15 septembre 1908, sir Charles-Alphonse-Pantaléon Pelletier est effectivement nommé lieutenant-gouverneur de la province de Québec. Au début de son mandat, il s'acquitte normalement de ses obligations. Cependant, à la suite d'une attaque de paralysie en septembre 1910, il laisse Jetté, à qui il a loué sa maison de la rue d'Auteuil, exercer le poste d'administrateur. Il quitte Québec le 9 novembre pour un séjour de repos à Old Point Comfort, en Virginie. De retour le 6 avril 1911, Pelletier meurt le 29 peu de temps après avoir repris officiellement ses fonctions. Après l'exposition de sa dépouille dans la salle de l'Assemblée législative, il a droit à des funérailles officielles à la basilique Notre-Dame de Québec, où Mgr Paul Bruchési prononce l'oraison funèbre. Même s'il a été identifié toute sa vie à un parti politique, Pelletier «ne laisse pas d'ennemi» selon le quotidien conservateur l'Événement. Laurier écrit à sa veuve: il a été « un de mes plus fidèles amis ».

Source: Dictionnaire biographique du Canada en ligne 
Pelletier, Lieutenant-gouverneur de la province de Québec Charles-Alphonse-Pantaléon (I11117)
 
2227 Sir Henri-Elzéar Taschereau (baptisé Elzéar-Henri), avocat, homme politique, juge et professeur, né le 7 octobre 1836 à Sainte-Marie-de-la-Nouvelle-Beauce (Sainte-Marie, Québec), fils aîné de Pierre-Elzéar Taschereau et d'Hémédine Dionne ; petit-fils de Thomas-Pierre-Joseph Taschereau; le 27 mai 1857, il épousa à Vaudreuil, Bas-Canada, Marie-Antoinette Harwood, fille de Robert Unwin Harwood, et ils eurent sept enfants, puis le 22 mars 1897, à Ottawa, Marie-Louise Panet, et de ce second mariage naquirent trois enfants ; décédé dans cette ville le 14 avril 1911.

À la mort de son père, Henri-Elzéar Taschereau hérita d'une partie de la seigneurie de Sainte-Marie et du manoir seigneurial. Comme il n'avait que huit ans, sa mère administra son héritage jusqu'à sa majorité. De 1847 à 1853, il fit ses études classiques au petit séminaire de Québec, puis étudia un moment à l'université Laval. Admis au Barreau du Bas-Canada en octobre 1857, il pratiqua le droit à Québec, d'abord dans le cabinet d'un parent, Jean-Thomas Taschereau, puis avec Jean Blanchet à compter de 1863.

En juillet 1861, Taschereau fut élu député conservateur de la circonscription de Beauce à l'Assemblée législative de la province du Canada. Il soutint publiquement le projet de confédération proposé par John Alexander Macdonald et George-Étienne Cartier, mais au dernier moment, il vota contre parce qu'il le jugeait néfaste pour ses électeurs. En 1867, ceux-ci lui préférèrent un libéral protestant, Christian Henry Pozer, dans les circonscriptions fédérale et provinciale. La défaite de Taschereau mit un terme à l'influence politique que sa famille exerçait depuis de nombreuses années dans la région.

Taschereau fut nommé greffier de la paix du district de Québec en décembre 1868, mais démissionna peu après pour pratiquer le droit dans sa ville natale. En janvier 1871, il accéda à la Cour supérieure en tant que juge des districts de Saguenay et de Chicoutimi ; en 1873, il fut muté dans le district de Kamouraska. C'est là que, dans ses « moments de loisir », comme il le disait, il prépara une édition annotée du Code de procédure civile du Bas-Canada et une autre de la refonte du droit criminel canadien. Le second de ces ouvrages était le premier du genre et connaîtrait deux éditions sous des titres légèrement différents. Forcé de quitter son domaine de Sainte-Marie en raison de ses obligations professionnelles, Taschereau décida de s'en départir ; il le loua d'abord quelque temps puis le vendit en 1874.

En octobre 1878, Taschereau entra à la Cour suprême du Canada; il succédait à son parent Jean-Thomas Taschereau, qui prenait sa retraite. Plusieurs distinctions lui échurent pendant qu'il siégeait à ce tribunal. L'université Laval lui décerna un doctorat honorifique en droit en 1890 et le collège d'Ottawa fit de même en 1893. Une chaire de droit fut créée à son intention à Ottawa la même année. En 1894, il succéda à sir John Sparrow David Thompson au décanat. La faculté de droit ferma ses portes en 1896, mais Taschereau resterait examinateur au collège jusqu'en 1910.

En novembre 1902, Taschereau devint le premier Canadien français à occuper le poste de juge en chef de la Cour suprême. Un titre de chevalier lui avait été décerné plus tôt la même année. Son élévation au comité judiciaire du Conseil privé en 1904 et son mandat d'administrateur du Canada du 21 novembre au 9 décembre de la même année, après le départ du gouverneur général lord Minto [Elliot], couronnèrent sa carrière juridique. Il démissionna de la Cour suprême en 1906, mais continua de participer aux séances du comité judiciaire. Il songeait à assister au couronnement de George V lorsque son état de santé empira. Sa mort survint au printemps de 1911.

Taschereau avait l'esprit d'un nomade. Pendant ses années à Ottawa, on avait dû souvent le rappeler de l'Inde, de la France, des États-Unis ou d'ailleurs pour des séances au tribunal. La fébrilité qui lui faisait parcourir le globe en quête de sagesse et d'expérience l'amenait aussi à traverser les frontières entre juridictions ou entre les périodes historiques pour trouver des autorités sur lesquelles appuyer ses jugements. Ainsi, ses décisions en matière de droit civil dans la province de Québec se fondaient rarement sur le libellé du Code civil de la province. Toujours, il soulevait le voile de la codification, étudiait les sources mystérieuses et exotiques sur lesquelles le code était censé se baser, signalait les problèmes qu'il percevait dans le raisonnement de la commission de codification [V. René-Édouard Caron] ou la manière dont elle utilisait les sources, et avançait ses propres solutions.

En outre, sir Henri-Elzéar Taschereau recourait fréquemment à la common law pour éclairer la solution de causes relevant du droit civil ou recherchait dans le droit civil des solutions possibles aux problèmes de common law. Il tentait ainsi de maintenir un dialogue entre les deux grandes traditions juridiques du Canada. Comme l'une et l'autre lui étaient également familières, aucun droit, semble-t-il, ne lui paraissait étranger. En fait, au milieu du xixe siècle, un tel cosmopolitisme juridique était assez courant parmi l'élite des hommes de loi, mais en 1900, l'idéologie du positivisme juridique l'avait presque supplanté. Cette tendance provoqua un désintérêt chez Taschereau, et le caractère dialogique de ses jugements fut beaucoup moins prononcé vers la fin de sa carrière.

Source: Dictionnaire biographique du Canada en ligne - David Howes 
Taschereau, Henri Elzéar (I11817)
 
2228 Sir Henri-Thomas Taschereau, avocat, journaliste, homme politique et juge, né le 6 octobre 1841 à Québec, fils de Jean-Thomas Taschereau, avocat, et de Louise-Adèle Dionne; le 22 juin 1864, il épousa à Princeville, Bas-Canada, Séverine Pacaud, fille d Édouard-Louis Pacaud, et ils eurent dix enfants, puis le 15 avril 1885 à Montréal Coralie Globensky, veuve d Henri Masson; décédé le 11 octobre 1909 à Montmorency, France.

Henri-Thomas Taschereau étudia au petit séminaire de Québec de 1851 à 1859, puis entra à l université Laval où il obtint un baccalauréat en droit en 1862. Un essai d éloquence qu il écrivit sur la bibliothèque d Alexandrie lui valut plusieurs honneurs et fut longtemps cité, selon Pierre-Georges Roy, comme l une des meilleures compositions littéraires des divers concours de l université depuis sa fondation. Il fut admis au Barreau du Bas-Canada le 5 janvier 1863.

Taschereau exerça sa profession à Québec. Issu d une famille bien en vue dans la magistrature son père était alors juge suppléant à la Cour supérieure , il ne tarda pas à se bâtir une clientèle importante. Il s associa en 1864 à Didier Montambault puis, vers 1874, à Taschereau Fortier. Parallèlement, il s intéressa à la politique. Déjà, en mars 1862, dans le but de remédier à ce qu il considérait comme une lacune des journaux canadiens-français, il avait entrepris la publication du journal les Débats, où il cherchait à « rendre en toute fidélité et en toute objectivité les débats de la chambre ». Toutefois, après une session, le journal cessa de paraître en juin. Sa disparition n était sans doute pas étrangère au fait que les députés payaient déjà 300 £ au Journal de Québec pour la reconstitution des débats. Aux élections de 1863, Taschereau se présenta comme candidat libéral contre Hector-Louis Langevin dans la circonscription de Dorchester. Après une campagne marquée par l intimidation et la corruption les conservateurs reprocheraient à Taschereau d avoir amené à Sainte-Claire et à Saint-Isidore des partisans qui provoquèrent la violence chez les cultivateurs , il connut la défaite. Devenu l un des rédacteurs de la Tribune, organe du gouvernement de John Sandfield Macdonald et d Antoine-Aimé Dorion, il préféra ne pas se représenter contre Langevin en 1864.

De 1871 à 1873, Taschereau fit partie du conseil municipal de Québec à titre de représentant du quartier Saint-Louis. Il contribua, notamment, à relancer le projet du chemin de fer de la rive nord, dont il était l un des administrateurs. Avec Joseph-Édouard Cauchon, président de la compagnie, il parcourut les comtés de Champlain, de Joliette, de Berthier et de L Assomption pour obtenir des subventions; la ville de Québec promit elle-même $1,000,000. Entre-temps, aux élections générales de 1872, Taschereau avait tenté sa chance sur la scène fédérale dans la circonscription rurale de Montmagny et l avait emporté sans difficulté contre Joseph-Octave Beaubien. Il fut réélu sans concurrent aux élections générales de 1874. À la Chambre des communes, Taschereau prit une part active aux discussions qui entouraient la création de la Cour suprême. Prétextant le caractère unique du code de procédure civile français, il présenta une motion dans le but de limiter la juridiction de ce tribunal aux causes qui relevaient de la loi fédérale, mais sa proposition fut repoussée par 118 voix en 1875 [V. Télesphore Fournier].

Sa réputation de juriste lui valut d être nommé, à 37 ans, juge à la Cour supérieure de la province de Québec. Il travailla successivement dans les districts de Kamouraska (1878), de Joliette (1886) et de Terrebonne (1887); la loi stipulait qu à titre de juge du district de Terrebonne, il devait résider à Montréal, aussi s y installa-t-il dès 1887. Il allait être appelé à présider des causes importantes, notamment celles de Cordélia Viau et de Samuel Parslow en 1898. Les procès des deux inculpés, accusés du meurtre du mari de Cordélia Viau, eurent un grand retentissement dans la province et soulevèrent bien des passions. Après que le jury eut reconnu Cordélia Viau coupable le 2 février, Taschereau attendit pour prononcer la sentence que la Cour d appel eût décidé des questions de droit réservées durant le procès. Le 7 juin, la cour cassait le verdict de culpabilité et ordonnait la tenue d un autre procès. Le juge Taschereau présida à nouveau ce procès ainsi que celui de Parslow. Les deux accusés furent reconnus coupables, et Taschereau les condamna à être pendus le 10 mars 1899.

En 1901, le gouvernement fédéral institua une commission royale d enquête sur l existence d un monopole parmi les fabricants et marchands de papier au Canada, et en nomma Taschereau commissaire. Dans son rapport au secrétaire d État l année suivante, il démontra l existence d une association des fabricants de papier au Canada, regroupant 26 compagnies, qui avaient influencé les prix « alors courants en Canada d au moins vingt-cinq centins par cent livres sur le papier journal en feuilles et en rouleaux ». Quatre ans plus tard, Taschereau fut appelé à présider une autre enquête, cette fois sur la police de Montréal et le problème de la prostitution. Dans son rapport au conseil municipal, il analyse les m urs sociales de son époque et cite André Gide qui constate que les maisons de « rapport » sont plus répandues que les maisons de jeu et les débits de boisson. Il dénonce la tolérance dont font preuve les policiers et se prononce en faveur de la suppression des maisons de prostitution.

La compétence d Henri-Thomas Taschereau dans le domaine juridique devait être pleinement reconnue en 1907 avec sa nomination à titre de juge en chef de la province de Québec, en remplacement de sir Alexandre Lacoste. L année suivante, il était fait chevalier par le roi Édouard VII. Il ne devait toutefois pas exercer longtemps ses nouvelles fonctions, puisqu il mourut le 11 octobre 1909.

Source: Dictionnaire biographique du Canada en ligne - Yves Hébert 
Taschereau, Sir Henri Thomas (I11670)
 
2229 Sir Joseph Dubuc, avocat, propriétaire et éditeur de journal, homme politique et juge, né le 26 décembre 1840 à Sainte-Martine, près de Châteauguay, Bas-Canada, fils de Joseph Dubuc, cultivateur, et d Euphémie Garand; le 26 juin 1872, il épousa à Saint-Cuthbert, Québec, Marie-Anne Hénault, et ils eurent dix enfants; décédé le 7 janvier 1914 à Los Angeles et inhumé à Saint-Boniface, Manitoba.

Aîné d une famille de 15 enfants, Joseph Dubuc fréquente l école primaire de façon irrégulière, car il doit aider son père aux travaux de la ferme. À 18 ans, il part pour les États-Unis afin d apprendre l anglais et de trouver un emploi dans une usine. De retour au Québec en 1859, il entre au collège de Beauharnois, dirigé par les Frères des écoles chrétiennes, puis s inscrit au petit séminaire de Montréal, où il fait ses études classiques de 1860 à 1866. Il s y lie d amitié avec Louis Riel, qui fréquente l établissement de 1858 à 1865. Il obtient une licence en droit civil du McGill College en 1869 et est admis au barreau en septembre de la même année.

Dubuc n exerce que depuis quelques mois quand Riel, qui vient de former un gouvernement provisoire dans la colonie de la Rivière-Rouge (Manitoba), fait appel à son aide. Il lui faut, comme il lui écrit en janvier 1870, « un auxiliaire instruit, homme de loi, énergique, déterminé ». Dubuc hésite, mais après avoir rencontré l abbé Noël-Joseph Ritchot à Montréal, au moment où ce dernier négocie avec le gouvernement fédéral l entrée de la colonie dans la Confédération, il se laisse convaincre et part avec lui pour le Manitoba en juin 1870. Dès son arrivée, il se lie d amitié avec Mgr Alexandre-Antonin Taché et se fait le défenseur du gouvernement provisoire et des Métis. Lorsque les troupes de Garnet Joseph Wolseley forcent Riel à se réfugier aux États-Unis le 24 août, Dubuc revendique l amnistie pour lui et les autres chefs métis. Il écrit régulièrement à la Minerve de Montréal pour présenter les objectifs que poursuivent ceux-ci et encourager les francophones à venir s établir dans le Nord-Ouest canadien. Avec Joseph Royal, son compatriote et associé dans la pratique du droit à Winnipeg, il fonde en mai 1871 à Saint-Boniface un hebdomadaire francophone, le Métis, dans le but de défendre les intérêts des Métis.

Le jeune Dubuc est dynamique et revendicateur. Dès les premières élections provinciales au Manitoba, en décembre 1870, il s est porté candidat dans la circonscription de Baie St-Paul et a été élu sans opposition. Durant ces premières années de la vie parlementaire au Manitoba, les tensions sont grandes entre les partisans du lieutenant-gouverneur Adams George Archibald, qui se montre modéré, et les soi-disant « loyalistes » ou anglophones venus de l Ontario [V. sir John Christian Schultz]. Même si le gouvernement refuse d accorder l amnistie à Riel, ce qui l empêche de revenir au pays, Dubuc persuade ce dernier de se présenter aux élections fédérales de 1872 dans la circonscription de Provencher. Ces élections donnent lieu à de nombreuses bagarres et émeutes, au point que les troupes fédérales sont demandées. Dans le procès qui s ensuit devant la Cour du banc de la reine, Dubuc agit comme procureur de la poursuite et Francis Evans Cornish défend les émeutiers. En quittant la cour, Dubuc est attaqué dans la rue Main à Winnipeg et laissé pour mort. Son assaillant sera condamné, mais les émeutiers, eux, s en tireront sans sentences.

De 1870 à 1878, Dubuc travaille à maintenir l alliance souvent délicate entre les députés francophones canadiens-français et métis à l Assemblée manitobaine. Conservateur en politique et ultramontain, il se méfie des « rouges » ou des libéraux, et il est soucieux du maintien de l ordre établi. En juillet 1874, il est nommé procureur général dans le nouveau gouvernement de Marc-Amable Girard. Il n occupe ce poste que quelques mois, puisque le gouvernement est remplacé en décembre par celui de Robert Atkinson Davis. Aux élections qui suivent, Dubuc est élu dans la circonscription de Saint-Norbert et Davis est reporté au pouvoir. Le 31 mars 1875, il est choisi comme président de l Assemblée. De 1872 à 1876, il est également membre du Conseil des Territoires du Nord-Ouest.

Aux élections fédérales de 1878, Dubuc décide de se présenter dans la circonscription de Provencher, où il est élu sans opposition. Il continue toutefois de jouer le rôle de médiateur entre anglophones et francophones sur la scène politique provinciale jusqu à ce que les divisions entre les députés canadiens-français et métis provoquent une crise ministérielle qui entraîne la démission de Royal en 1879 et la diminution du pouvoir des francophones à l Assemblée.

Cette année-là, Dubuc quitte la politique et devient juge à la Cour du banc de la reine. Il est heureux de cette nomination qui lui permet de laisser « la tourmente des luttes politiques pour la dignité de la magistrature ». Il prend de plus en plus ses distances avec les Métis et leur chef Riel. Ainsi, en 1885, il refuse d être juge d appel dans le procès de Riel, en invoquant l hérésie religieuse de ce dernier, qu il qualifie de « maniaque dangereux », et le fait qu il connaît personnellement l accusé. Dubuc ne cesse toutefois de défendre les droits des francophones catholiques. Surintendant des écoles catholiques de la province et secrétaire de la section catholique du bureau d Éducation de Manitoba depuis mars 1872, il tente en vain de freiner l adoption des projets de loi mis de l avant par le gouvernement de Thomas Greenway en 1890 qui abolissent la publication des documents officiels en français et créent un système d enseignement non confessionnel financé par l État. Il est le seul juge de la Cour du banc de la reine à émettre une opinion dissidente face au jugement rendu par Albert Cléments Killam dans la cause Barrett c. la municipalité de Winnipeg et qui conclut que le gouvernement Greenway avait le droit d établir un tel système d enseignement public. En 1903, Dubuc est nommé juge en chef du Manitoba, poste qu il occupe jusqu à sa retraite en 1909. En 1907, il a reçu un doctorat honorifique de la University of Toronto et, en juin 1912, il devient le premier Canadien français de l Ouest à être élevé au rang de chevalier.

La retraite de sir Joseph Dubuc fut marquée par de bons moments de vie de famille et des voyages aux États-Unis et en Europe. Il serait toujours reconnaissant envers lady Dubuc, épouse et mère qui incarnait les valeurs catholiques et victoriennes du xixe siècle, de l avoir soutenu dans sa vie privée et publique. Grand admirateur et partisan des institutions britanniques, il fut décrit par l élite anglophone, à laquelle il s était intégré, comme un « homme aux idéaux élevés, possédant une faculté d adaptation et un grand sens civique ». Son caractère intègre et son jugement pondéré lui valurent le succès professionnel et public. Toutefois, quelques comportements et ses mémoires suggèrent qu il manifestait un certain snobisme et le goût des honneurs. Ainsi, il faisait remarquer : «Vivant dans le monde, on ne reste pas insensible aux petits succès que l on peut remporter, ou à la considération dont on est l objet dans les hautes sphères de la bonne société.»

Source: Dictionnaire biographique du Canada en ligne 
Dubuc, Sir Joseph (I12450)
 
2230 Sir Pierre-Amand Landry, avocat, homme politique et juge, né le 1er mai 1846 à Memramcook, Nouveau-Brunswick, quatrième des neuf enfants d'Amand Landry et de Pélagie Caissie (Casey); le 17 septembre 1872, il épousa à Saint-Jean Bridget Annie McCarthy, et ils eurent 11 enfants, dont quatre moururent en bas âge; décédé le 28 juillet 1916 à Dorchester, Nouveau-Brunswick.

Né dans une des plus anciennes communautés acadiennes du Nouveau-Brunswick, Pierre-Amand Landry était issu d'une famille dont la présence dans les Maritimes remontait aux origines de l'Acadie. Son père, considéré comme l'un des chefs de Memramcook, avait été instituteur avant d'acheter une ferme. L'année de la naissance de Pierre-Amand, il fut élu à la Chambre d'assemblée pour représenter la circonscription majoritairement anglophone de Westmorland, devenant ainsi le premier député d'origine acadienne du Nouveau-Brunswick.

Pierre-Amand fit ses études primaires à l'école paroissiale de Memramcook-Ouest. Très tôt, son père, qui entrevoyait pour lui une carrière en politique, se chargea de sa formation. Vers l'âge de 13 ans, il le fit inscrire à la Fredericton Collegiate School. Son séjour de deux ou trois ans à Fredericton lui permit de se familiariser avec la culture anglaise. Il s'initia à un âge relativement précoce à la politique en se rendant écouter les débats lorsque son père siégeait à l'Assemblée. Détenteur d'un brevet d'enseignement de troisième classe, il enseigna quelques années dans le sud-est de la province afin de gagner suffisamment d'argent pour poursuivre ses études. Landry fut parmi les premiers étudiants inscrits au collège Saint-Joseph à Memramcook dès son ouverture le 10 octobre 1864 [V. Camille Lefebvre]. Il s'y perfectionna en art oratoire dans le cadre des activités de l'académie Saint-Jean-Baptiste, une société littéraire. En 1867, il commença un stage de clerc à Dorchester dans le cabinet d'avocat d'Albert James Smith, ancien premier ministre de la province. Reçu attorney en octobre 1870 et admis au barreau un an plus tard, Landry fut le premier Acadien à devenir avocat. Il installa son bureau et élut domicile à Dorchester, chef-lieu du comté de Westmorland. En 1872, il épousa Bridget Annie McCarthy, fille de Timothy McCarthy, homme d'affaires d'origine irlandaise de Fredericton et ami de son père.

L'année 1870 marqua, pour Landry, le début d'une carrière politique bien remplie, qui serait jalonnée de premières pour un Acadien. Doté de qualités de meneur et d'une grande ambition, il se croyait destiné à devenir un leader des Acadiens. Peu avant les élections provinciales de 1870, son père se retira de la politique et, âgé d'à peine 24 ans, Pierre-Amand décida de prendre sa relève. Choisi comme candidat acadien dans la circonscription de Westmorland, il fut élu le 5 juillet 1870.

La carrière politique du jeune Landry débutait au moment où la controverse sur la réforme scolaire déclenchait des conflits ethniques et religieux sans précédent, et poussait les Acadiens du Nouveau-Brunswick à défendre publiquement leurs intérêts. Durant la campagne électorale, Landry avait dénoncé le projet du gouvernement de George Edwin King d'établir un réseau d'écoles publiques, car il prônait plutôt un système d'écoles séparées financées par le gouvernement. Constatant son influence auprès des électeurs catholiques, le parti au pouvoir tenta d'obtenir son appui tacite au projet en lui promettant le portefeuille de commissaire des Travaux publics, mais il refusa de se laisser soudoyer.

En avril 1871, l'Assemblée du Nouveau-Brunswick entama l'étude du projet de loi qui visait à créer un réseau d'écoles publiques financées par l'État à même les fonds provenant d'une nouvelle taxe scolaire qui s'appliquerait à tous. Un mois plus tard, on ajouta au texte un article qui prévoyait que les écoles régies par la loi seraient non confessionnelles. Malgré l'opposition du clergé, des députés et de la presse catholiques, le Common Schools Act fut adopté par une forte majorité protestante. Les catholiques, dont la plupart étaient Acadiens, refusèrent de payer la taxe scolaire, même sous la contrainte, et demandèrent l'aide du gouvernement fédéral, qui décida de ne pas intervenir [V. John Costigan]. La réforme scolaire devint l'enjeu de la campagne électorale de 1874. Le gouvernement sollicita l'appui de la majorité anglo-protestante afin d'empêcher les catholiques d'obtenir le pouvoir nécessaire pour changer la loi et il remporta une victoire écrasante. Landry figurait parmi ceux qui perdirent leur siège.

Malgré sa défaite électorale, Landry ne tarda pas à reprendre sa place à l'avant-garde de la lutte pour les droits des Acadiens car, 15 mois plus tard, il faisait la une des journaux de la province, cette fois en sa qualité d'avocat. À Caraquet, en 1875, une manifestation d'Acadiens contre la taxe scolaire avait dégénéré en échauffourée, entraînant la mort d'un jeune manifestant acadien et d'un « volontaire » anglophone [V. Robert Young]. Neuf Acadiens furent accusés du meurtre de la victime anglophone, ce qui donna lieu à un procès sensationnel à Bathurst. À cette occasion, Landry agit à titre d'assistant de l'avocat de la défense, Samuel Robert Thomson. Landry et son collègue réussirent à faire libérer les accusés. La réputation de Landry comme avocat de talent et défenseur des Acadiens en bénéficia grandement. De son côté, le gouvernement provincial en arriva à un compromis avec la minorité catholique en permettant, entre autres, l'enseignement de la religion en dehors des heures de classe [V. John Sweeny].

Toujours soucieux de l'intérêt de ses clients, Landry s'était constitué au fil des ans une pratique importante, tant auprès des Acadiens que des anglophones du comté de Westmorland. En 1878, quand la controverse au sujet des écoles et le sentiment anticatholique se furent atténués, Landry put se présenter comme candidat indépendant aux élections provinciales. L'affiliation à un parti s'avérait plus que jamais une nécessité politique, et Landry se rangea finalement du côté des conservateurs. Il écarta soigneusement la question de la loi scolaire et fit la promotion d'une politique de modération et de tolérance, la seule possible pour la minorité acadienne. Le 22 juin 1878, le scrutin lui fut favorable ainsi qu'à ses cocandidats anglophones Daniel Lionel Hanington, Joseph Laurence Black* et Amasa Emerson Killam, qui s'étaient associés à Landry dans l'espoir de recueillir le vote de l'électorat acadien.

Afin de récupérer lâ??appui de lâ??élément catholique, qui avait voté massivement pour des candidats indépendants, et de reconnaître effectivement lâ??importance accrue des circonscriptions de Westmorland et du nord-est de la province, le premier ministre John James Fraser* accorda pour la première fois une représentation aux catholiques acadiens et irlandais dans le cabinet. Le 13 juillet 1878, Landry se vit confier le portefeuille de commissaire des Travaux publics, devenant ainsi le premier Acadien à occuper un poste de ministre au Nouveau-Brunswick. Michael Adams, député dâ??origine irlandaise de Northumberland, fut nommé arpenteur général. Ces postes étaient convoités, car ils conféraient de vastes pouvoirs discrétionnaires. Hanington, de son côté, devint ministre sans portefeuille.

Dès son entrée en fonction, Landry dispensa des faveurs avec autant dâ??efficacité que son prédécesseur, William Moore Kelly*, dont la circonscription de Northumberland avait reçu dâ??importantes sommes pour la construction et la réfection de ponts lâ??année précédente, tandis que Westmorland en avait obtenu beaucoup moins. Landry crut bon de corriger ce préjudice dès 1879 en doublant presque les dépenses destinées aux ponts dans Westmorland, tout en réduisant considérablement celles de Northumberland. Toutefois, entre 1878 et 1882, devant la réaction anglophone engendrée par le « French Power », il nâ??y eut aucune augmentation marquée du nombre de superviseurs acadiens des travaux routiers ni des subventions spéciales accordées aux régions acadiennes. Cependant, sollicité de toutes parts par des compatriotes, Landry reconnaissait que le droit des Acadiens à un traitement juste dans lâ??attribution des charges publiques constituait une question de principe plutôt que de lâ??opportunisme politique. Déterminé à développer lâ??éducation dans les régions françaises de la province, il activa la création, en 1878, dâ??une section préparatoire francophone à lâ??école normale de Fredericton et la nomination, un an plus tard, du premier inspecteur dâ??écoles acadien [V. Valentin Landry]. Landry travailla aussi à la promotion de compatriotes, notamment Ambroise-D. Richard, qui fut nommé au Conseil législatif en 1882. Dans lâ??exercice de ses fonctions aux Travaux publics, Landry présida à la construction du nouvel édifice de lâ??Assemblée législative, qui ouvrit ses portes le 16 février 1882.

Depuis quelques années, les Acadiens connaissaient une poussée démographique remarquable avec laquelle coïncidait un effort de lâ??élite pour doter cette population dâ??une organisation sociale et politique indépendante, dâ??une conscience de groupe fondée sur un sentiment dâ??appartenance à un même peuple, à une même nation. En juin 1880, Landry prit la tête dâ??une délégation de quelque 100 notables acadiens des Maritimes qui se rendirent à la Convention nationale des Canadiens français à Québec. Vers lâ??âge de 35 ans, il était devenu le chef incontesté des Acadiens. Il fut président des trois premiers congrès nationaux des Acadiens, tenus à Memramcook en 1881, à Miscouche, dans lâ??Île-du-Prince-Édouard, en 1884, et à Church Point, en Nouvelle-Écosse, en 1890, où lâ??on traita notamment de questions religieuses, culturelles, politiques et économiques. Landry sâ??y montra un orateur puissant, dont les discours, empreints de vérités simples et claires, proposaient un programme dâ??action pour les Acadiens. À lâ??ouverture du premier congrès, il exposa la situation des Acadiens et les objectifs de lâ??assemblée : « Nous reconnaissons lâ??infériorité de notre position actuelle, nous voulons en étudier les raisons ; nous nous reconnaissons une louable ambition de sortir de lâ??oubli, nous voulons mettre à profit pour atteindre ce but les expédients que peuvent suggérer la prudence et la sagesse. »

La carrière politique de Landry atteignit de nouveaux sommets lorsque le premier ministre Fraser démissionna le 25 mai 1882. Le même jour, le gouvernement fut remanié sous la direction de Daniel Lionel Hanington, comme premier ministre, et de Landry, qui devint secrétaire provincial, responsable de lâ??éducation et des finances, ce qui faisait de lui lâ??un des hommes politiques les plus puissants du Nouveau-Brunswick. Il aurait pu être premier ministre, mais il favorisa plutôt le choix de Hanington, estimant que lâ??heure nâ??était pas encore venue pour quâ??un premier ministre acadien remporte une élection au Nouveau-Brunswick. Aussitôt composé, le gouvernement Hanington-Landry déclencha des élections. Dans sa circonscription de Westmorland, Landry remporta une victoire éclatante, et sa formation réussit, avec une majorité réduite, à demeurer au pouvoir. Les anglophones de la province sâ??aperçurent bientôt que Hanington servait de couverture et que Landry, lâ??Acadien, dirigeait effectivement le gouvernement. La défaite de sir Albert James Smith aux élections fédérales qui se tinrent au même moment, défaite à laquelle Landry avait contribué, réveilla le sentiment antifrancophone. Après lâ??annulation de lâ??élection dans Westmorland, à cause dâ??irrégularités commises par les agents des partis en cause, Landry et ses cocandidats remportèrent une autre victoire à lâ??élection partielle du 9 janvier 1883. Mais, à Fredericton, le gouvernement ne tarda pas à faire face à lâ??opposition active des libéraux dâ??Andrew George Blair*, qui réussit à convaincre quelques députés conservateurs de faire secrètement défection. Le 2 mars, le gouvernement Hanington-Landry fut forcé de démissionner à la suite dâ??une motion de censure. Le nouveau ministère ne comprenait aucun francophone.

Dès avant la défaite de son gouvernement, Landry lorgnait vers Ottawa. En mars 1883, entrevoyant que sa carrière pouvait être bloquée par un séjour dans lâ??opposition, il sollicita la démission du député fédéral de Kent, Gilbert-Anselme Girouard*, afin de pouvoir briguer lui-même les suffrages dans cette circonscription. Girouard se dit prêt à se retirer sâ??il obtenait un poste de receveur des douanes à Richibouctou. En attendant que cette nomination soit confirmée, Landry prononça le 15 août, à lâ??occasion de la célébration de la fête nationale acadienne à Bouctouche, lâ??un de ses meilleurs discours patriotiques, dans lequel il dénonçait la servilité des Acadiens devant les anglophones : « Nous nous sommes tellement habitués à cette idée dâ??infériorité, nous nous sommes tellement enracinés dans ces sentiments de trop grande modestie, quâ??aujourdâ??hui encore nous considérons comme nécessaire dâ??entourer les Anglais dâ??une déférence que nous poumons tout aussi bien accorder à nos propres nationaux. » Assuré de sa nomination à Richibouctou, Girouard démissionna et Landry sâ??empressa de se porter candidat à lâ??élection partielle du 22 septembre 1883. Appuyé par une majorité dâ??électeurs acadiens, Landry remporta la victoire contre George Valentine McInerney*. Il fut réélu en 1887.

À Ottawa, Landry apporta le soutien des Acadiens aux conservateurs du premier ministre sir John Alexander Macdonald*, tout en défendant les intérêts des Acadiens et du Nouveau-Brunswick. Bien quâ??il fût éclipsé au début par des collègues du Nouveau-Brunswick plus expérimentés, tels que sir Samuel Leonard Tilley* et John Costigan, Macdonald le nomma membre de plusieurs comités de la Chambre. Au cours de lâ??affaire Riel en 1885â??1886, Landry, tout en admettant que le peuple acadien était troublé par lâ??exécution de Louis Riel*, désapprouva totalement la rébellion comme moyen de redressement des griefs. Esquissant un parallèle avec les Acadiens du Nouveau-Brunswick, il soutenait que ces derniers nâ??auraient jamais fait de progrès sur le plan politique sâ??ils avaient eu recours à la violence.

Tout autant par conviction que par réalisme politique, Landry chercha à promouvoir « un esprit véritablement canadien » qui ignorait les différences de langue et de religion. Il était toutefois assez astucieux pour savoir que la politique ne fonctionnait pas sur ce plan-là. À plusieurs occasions, il écrivit à Macdonald, à Tilley et à sir Hector-Louis Langevin* pour se plaindre de la sous-représentation des Acadiens à Ottawa. Par exemple, en dépit du fait que les Maritimes avaient droit à 24 sénateurs, le Sénat ne comprenait aucun Acadien. Quand, en 1884, le sénateur William Muirhead mourut, lâ??élite acadienne, devenue plus combative à la suite de ses deux premiers congrès, était déterminée à ne pas manquer cette occasion. Landry menaça subtilement Macdonald dâ??une désaffection des Acadiens, et lâ??élite acadienne organisa des assemblées publiques au cours desquelles on adopta des motions qui furent communiquées à Macdonald et à Langevin. Lorsquâ??il fut confirmé quâ??un Acadien deviendrait sénateur, Tilley proposa le poste à Landry, qui appuya plutôt la candidature de Pascal Poirier*, car il préférait continuer de solliciter pour lui-même un poste de juge à la Cour suprême du Nouveau-Brunswick. Le 9 mars 1885, Poirier devint le premier sénateur acadien.

Lâ??accession de Landry à la magistrature du Nouveau-Brunswick fut le fruit de longues démarches entreprises dès 1880 auprès de ses contacts au gouvernement fédéral. Finalement, le 15 avril 1890, à la suite de la mort du juge Bliss Botsford*, Macdonald lui offrit la place de juge de la cour des comtés de Westmorland et de Kent. Voyant là sa chance dâ??accéder un jour à la Cour suprême du Nouveau-Brunswick, Landry accepta, dâ??autant plus que sa santé chancelante et lâ??état dépressif de sa femme exigeaient son retour au Nouveau-Brunswick. Premier Acadien à devenir juge, Landry se fit remarquer par son souci du détail, son esprit de synthèse et sa préoccupation de traiter équitablement les deux communautés linguistiques. Le 21 septembre 1893, il accéda à la Cour suprême du Nouveau-Brunswick. En 1908, le premier ministre conservateur, John Douglas Hazen*, nomma Landry à la présidence dâ??une commission dâ??enquête sur les transactions financières entre les gouvernements libéraux de Lemuel John Tweedie et de William Pugsley* et la Central Railway Company. Le rapport de la commission, qui condamnait les gouvernements impliqués et la compagnie pour avoir agi au détriment de lâ??intérêt public et avoir détourné des fonds publics, déclencha une polémique. Malgré les attaques violentes de journaux libéraux, lâ??intégrité de Landry au cours de cette affaire contribua à rehausser sa réputation. Il devint juge en chef de la division du Banc du roi quand la Cour suprême du Nouveau-Brunswick fut réorganisée en 1913.

Landry nâ??hésita pas à user de son prestige et de sa position sociale pour faire valoir des causes qui lui tenaient à cÅ?ur. Comme tous les leaders acadiens, il reconnaissait le rôle de premier plan que pouvait jouer lâ??Église dans le développement du peuple acadien, notamment en ce qui touchait lâ??éducation et la défense de la langue française. Malheureusement, les évêques dâ??origine irlandaise favorisaient plutôt la formation dâ??un clergé de langue anglaise qui, dans les paroisses acadiennes, imposait lâ??usage de lâ??anglais. À partir de 1893, Pascal Poirier et Landry, respectivement président et secrétaire de la Société nationale de lâ??Assomption, menèrent une vigoureuse campagne pour quâ??un prêtre acadien soit nommé coadjuteur dans au moins un des deux évêchés de Chatham et de Saint-Jean. En 1899, malgré leurs multiples démarches, deux prêtres dâ??origine irlandaise furent choisis. Profondément déçu, Landry aurait répliqué à un journaliste qui lui demandait sâ??il était allé au sacre des deux évêques quâ??il ne voulait pas assister aux « funérailles du peuple acadien ». À partir du congrès dâ??Arichat en 1900, les membres les plus influents de lâ??élite acadienne livrèrent une lutte acharnée contre la domination irlandaise au sein du clergé catholique. En 1907 et en 1910, le curé de Rogersville, lâ??abbé Marcel-François Richard, se rendit à Rome pour présenter une pétition réclamant la création dâ??un troisième diocèse, dont le siège serait à Moncton et le titulaire un Acadien. Ce nâ??est toutefois quâ??en 1912 que les Acadiens obtinrent un premier évêque en la personne dâ??Édouard-Alfred Le Blanc*, nommé au diocèse de Saint-Jean.

La brillante carrière de Landry lui valut de nombreux honneurs. Nommé conseiller de la reine le 11 novembre 1881, il reçut aussi des doctorats honorifiques de lâ??université du Nouveau-Brunswick en 1900 et de lâ??université Laval en 1902. En 1914, Landry fut lâ??un des principaux orateurs aux célébrations du cinquantième anniversaire de son alma mater, lâ??université Saint-Joseph. En 1916, quand le New Freeman de Saint-Jean amorça une campagne pour la nomination dâ??un lieutenant-gouverneur catholique, Landry fut immédiatement pressenti. Mais sa santé déclinait, et il nâ??était probablement pas en mesure dâ??accepter le poste. Peut-être en guise de compensation, Landry fut le premier et le seul Acadien à recevoir le titre de chevalier, en juin 1916. Il ne devait toutefois pas en jouir longtemps. Progressivement affaibli depuis 1890 et atteint dâ??un cancer depuis 1915, il mourut le 28 juillet 1916 dans sa maison de Dorchester, entouré de sa femme et de trois de ses enfants, à lâ??âge de 70 ans. Mari attentif et père consciencieux, il avait mérité le respect et lâ??affection de ses enfants en accordant beaucoup dâ??importance à leur instruction religieuse, à leur éducation et à la vie familiale. Sa mort plongea la communauté acadienne dans le deuil et de nombreux éloges lui furent rendus dans tout le Nouveau-Brunswick et le Canada. Landry fut inhumé au cimetière de la paroisse Saint-Thomas, à Memramcook. En septembre 1955, la Commission des lieux et monuments historiques du Canada apposa une plaque à sa mémoire à lâ??université Saint-Joseph.

La carrière de sir Pierre-Amand Landry fut spectaculaire, compte tenu quâ??à lâ??époque les francophones catholiques du Nouveau-Brunswick faisaient souvent figure de citoyens de second rang. Landry contribua à démontrer quâ??un Acadien pouvait réussir dâ??une extraordinaire façon dans une société dominée par une majorité anglo-protestante. Cependant, Landry ne fut pas différent des autres hommes politiques ambitieux qui sollicitaient de façon incessante des postes et des honneurs auprès de Macdonald. Pour un leader nationaliste, il semble avoir accordé une attention démesurée à la majorité anglophone. Il écrivait à dâ??autres hommes politiques en anglais, même sâ??il sâ??agissait de francophones comme Langevin. Il sâ??adressait souvent en anglais à des auditoires acadiens. Il possédait un fort esprit de parti et, malgré lâ??opinion de ses électeurs, appuya les gouvernements conservateurs successifs sur lâ??affaire Riel et la question impériale. Contrairement à plusieurs de ses compatriotes acadiens, Landry se prononça en faveur de la participation du Canada à la Première Guerre mondiale et encouragea les jeunes Acadiens à sâ??enrôler pour le service outre-mer. Landry ne sut pas transmettre son nationalisme à ses enfants, qui adoptèrent plutôt la culture de leur mère. Heureux de proclamer le bilinguisme des Acadiens, qui pouvaient ainsi « aspirer aux mêmes responsabilités » que leurs voisins anglophones, il ne semblait pas voir, dans ce bilinguisme à sens unique, une confirmation possible de leur aliénation. Tout compte fait, malgré son penchant pour la bonne entente, Landry fut un des rares orateurs de sa génération à dénoncer la servilité des siens devant les anglophones et à demander avec insistance aux Acadiens de prendre leur avenir en mains. Trois semaines avant sa mort, il résumait ainsi sa carrière : « 46 ans de lutte active pour sauvegarder nos intérêts, rendre meilleure notre condition et nous amener au niveau des autres races ».

Dictionnaire biographique du Canada en ligne

Jean-Roch Cyr 
Landry, Personnalité - Politique Pierre Amand (I13999)
 
2231 Sir Wilfrid LAURIER, (baptisé Henry-Charles-Wilfrid), avocat, journaliste, propriétaire et rédacteur de journal, homme politique, né le 20 novembre 1841 dans la paroisse Saint-Lin (Laurentides, Québec), fils de Carolus Laurier et de Marcelle Martineau; le 13 mai 1868, il épousa à Montréal Zoé Lafontaine, et ils n'eurent pas d'enfants; décédé le 17 février 1919 à Ottawa.

L'ancêtre de Wilfrid Laurier, François Cottineau, dit Champlaurier, originaire de Saint-Claud, en France, serait, selon certaines sources, venu en Nouvelle-France avec le régiment de Carignan-Salières. Établi comme cultivateur, il épousa à Montréal, le 7 janvier 1677, Madeleine Millots. Commença dès lors la longue lignée des Laurier en Amérique. À la sixième génération, Carolus, le père de Wilfrid, s'installa vers le printemps de 1834 à Saint-Lin, paroisse surtout agricole qui rassemblait une population de quelque 2 000 habitants formée en majorité de Canadiens français et d'une poignée d'immigrants britanniques. Cultivateur et arpenteur, bilingue, sachant lire et écrire, dynamique, il comprit rapidement les possibilités de mobilité socio-économique qu'offrait ce coin de pays. Bien que desservi par des revenus très modestes, il visa haut dans son milieu, inspiré par son père Charles, arpenteur friand d'astronomie, de philosophie et de mathématiques, qui résida chez lui à partir de 1840 et qui, tel un savant, promenait dans la paroisse quelques-unes de ses inventions. Leader naturel, Carolus occupa plusieurs postes importants et devint le premier maire de la municipalité en 1855. Par-dessus tout, Carolus et Charles s'intéressaient à la politique, en particulier à celle du Parti patriote de Louis-Joseph Papineau qu'ils avaient défendue en paroles, à la maison entre amis, et dans des échanges épistolaires. Quand Wilfrid naquit le 20 novembre 1841, les deux hommes fulminaient contre l'union récente du Bas-Canada et du Haut-Canada. La venue de ce deuxième enfant versait du baume dans le coeur de la famille éprouvée par la perte de Marie-Honorine en 1839, premier enfant du jeune couple.

Laurier commença ses études primaires le 5 septembre 1847, peu de temps avant la mort de sa mère qu'il aimait tant, emportée par la tuberculose le 7 mars 1848. Avant même qu'il ait 11 ans, son père le retira de l'école de Saint-Lin pour le diriger, en septembre 1852, vers celle de New Glasgow, de langue anglaise et de moeurs britanniques, située à quelques milles de sa résidence. Wilfrid s'y pénétra d'une culture qu il affectionnerait toujours et apprit rapidement la langue anglaise qu'il parlerait avec un brin d'accent écossais. Puis, en 1854, Carolus conduisit son fils au collège de L'Assomption pour y entreprendre des études classiques. Wilfrid y découvrit un univers rigide dirigé par des ecclésiastiques qui érigeaient la religion catholique en programme d'études autant qu'en règle de vie. Les maîtres glorifiaient l'ultramontanisme et fustigeaient le libéralisme. Wilfrid réussit bien à L'Assomption, même si, à l'occasion, il séchait des cours pour aller entendre des orateurs « rouges » parler de politique. En 1859, par exemple, il décrocha des prix dans 7 matières sur 11. Déjà, il adorait la politique et avait planté sa croix dans le sol du libéralisme. En 1861, au terme de ce long parcours collégial dont il n'oubliera jamais l'atmosphère pesante imprégnée de conservatisme tout comme le goût de la littérature qu'il y a développé, il choisit le droit: son intérêt pour la matière, sa personnalité et son éloquence mise en évidence au collège l'y invitèrent.

Laurier s'inscrivit au McGill College de Montréal en septembre 1861. Le milieu montréalais et l'établissement anglais marquèrent à jamais son destin. D'abord, ce fut chez le docteur Séraphin Gauthier où il pensionnait qu'il rencontra Zoé Lafontaine, sa future épouse, professeure de piano peu fortunée et elle-même locataire chez les Gauthier. Ce fut à cette époque, aussi, que l'étudiant découvrit avec horreur l'ampleur d'un mal qui rongeait ses meilleures énergies. Ses toux répétées, ses mouchoirs tachés de sang le persuadèrent qu'il s'agissait de la tuberculose, de malheureuse mémoire dans la famille Laurier. En 1862-1863, la maladie le cloua très souvent au lit et le transporta au bord de la dépression. Plus tard seulement, durant son séjour dans les Bois-Francs, il sut qu'il souffrait de bronchite chronique. Ce « germe de mort » le hanterait désormais sa vie durant. Enfin, ce fut à ce moment qu'il établit des relations durables avec les militants du rougisme montréalais. En effet, deuxième de sa classe de 11 étudiants dès sa première année puis encore deuxième ex æquo à la fin de sa troisième, il fut vite remarqué par l'un de ses professeurs, Toussaint-Antoine-Rodolphe Laflamme, rouge radical et membre influent de l'Institut canadien, cercle littéraire et foyer du rougisme montréalais. Laflamme accepta l'étudiant à titre de clerc dans son cabinet d'avocat puis, le 2 octobre 1862, il lui ouvrit les portes de l'Institut canadien. Laurier y fit si bien sa place qu'il en fut premier vice-président de mai 1864 à l'automne de 1866. Là, il côtoya Joseph et Gonzalve Doutre, Louis-Antoine Dessaulles, Médéric Lanctot et Antoine-Aimé Dorion. Avec eux, il tenta, en vain, d'aplanir les difficultés que l'institut rencontrait avec l'évêque de Montréal, Mgr Ignace Bourget, férocement opposé au libéralisme et au Parti rouge. Il n'oublierait jamais ses démêlés avec Mgr Bourget.

À la veille de ses 23 ans, le 3 octobre 1864, Laurier subit avec succès les examens du Bureau d'examinateurs du Bas-Canada. Ce fils d'un modeste arpenteur, devenu enfin professionnel, impressionnait de prime abord, puis étonnait. Grand, puisqu'il dépassait les six pieds, mince, il soignait jalousement une chevelure châtaine et frisée qui tentait vainement d'empiéter sur un front déjà large. Il affichait une beauté réelle, une tête de penseur et d'artiste empreinte d'une certaine noblesse, mais son teint pâle et sa physionomie à la fois douce et délicate dégageaient une fragilité qui rendait mal à l'aise. Sa beauté ne parvenait pas à s'épanouir et semait de l'inquiétude, chez lui et chez les autres. Personne de ses amis ne doutait toutefois de la qualité de l'homme. Intelligent et ambitieux, bien qu'indolent et porté au rêve et au romantisme, il cultivait la bienveillance et l'affabilité. Capable d'une franchise désarmante et d'une loyauté exemplaire envers ses amis, il défendait avec opiniâtreté et une logique implacable ses convictions, tout en manifestant beaucoup de tolérance envers les différences. Son apparence calme et réservée, voire timide, masquait ses capacités de leadership. Ce réaliste, qui aimait prendre les hommes et les choses comme ils étaient et qui avait peut-être déjà perdu la foi, craignait toutefois le temps qui fuit et la mort, deux angoisses récurrentes chez ce jeune avocat, intellectuel dans l'âme, peu porté vers les exercices physiques, mais que l'action politique passionnait.

Laurier exerça d'abord à Montréal, mais il y connut des moments difficiles. Son premier bureau, qu'il partagea avec Pierre-Amable-Oscar Archambault à partir du 27 octobre 1864, resta ouvert tout au plus un mois, tandis que son deuxième, en association avec le même Archambault et Henri-Lesieur Désaulniers, dut être fermé après seulement trois mois d'existence, faute de clients. Le 11 mars 1865, Laurier se retrouvait seul, sans le sous. Médéric Lanctot, très occupé à pourfendre le projet de Confédération canadienne dans son journal l'Union nationale (Montréal), le réchappa de ce gouffre: dès le 14 mars, Lanctot et Laurier annonçaient la formation de leur société. Laurier y travailla pour deux, très estimé par Lanctot, qui voyait alors en lui, selon le poète Louis Fréchette, « un homme de l'avenir ». Sa santé toujours chancelante ne tarda toutefois pas à contrarier ces beaux espoirs. À la fin d'octobre 1866, le mal, cruel, exigeait un traitement choc, ce que permit un concours de circonstances au centre duquel s'érigea en maîtresse la politique.

Laurier, de fait, s'était aussi occupé de politique dès la fin de ses études. En août 1864, il s'était joint aux libéraux du Bas-Canada, radicaux comme modérés, pour dénoncer le projet de Confédération qui, selon eux, donnait trop de pouvoirs au gouvernement central et conduisait à l'anéantissement des Canadiens français, qu'on devrait au moins consulter. Il participa alors à un comité de réflexion qui publia un rapport accablant contre la Confédération, se fit orateur à quelques assemblées publiques et donna des articles à l'Union nationale de Lanctot. Ce fut en vain, car le 10 mars 1865, la Chambre d'assemblée de la province du Canada approuva le projet par 91 voix contre 33. Appelé en novembre 1866 par Antoine-Aimé Dorion à remplacer son frère Jean-Baptiste-Éric, qui venait de mourir, à la direction du journal le Défricheur de L'Avenir, Laurier allait trouver là l'occasion de poursuivre son combat contre la Confédération et le traitement choc, ce grand air de l'espace rural, qu'exigeait son incurable maladie. Il quitta Montréal pour L'Avenir le 18 novembre, et ce fut à Victoriaville, où il publia le Défricheur à compter du 1er janvier 1867, qu'il noircit ses plus belles pages à la fois contre l'Union de 1841 et contre la Confédération. Le 7 mars 1867, au moment où le projet était discuté à Londres, Laurier fut cinglant: « La Confédération est la seconde étape sur la route de l'anglification tracée par Lord Durham... Nous sommes livrés à la majorité anglaise [... Il faut] user de l'influence qui nous reste pour demander et obtenir un gouvernement libre et séparé. » Rouge et séparatiste, voilà la position de celui qui, dans quelque 30 ans, dirigerait le pays qu'il cherchait tant à démolir alors. Dès le 21 mars, toutefois, le Défricheur dut fermer ses portes, emporté tant par la maladie de son rédacteur que par les lourds problèmes financiers et l'opposition du clergé local ultramontain qui rangeait Laurier parmi les révolutionnaires libéraux. Puis, le 1er juillet, la Confédération canadienne fut officiellement proclamée. Du coup, à 25 ans, Wilfrid Laurier devait réorganiser sa vie.

Le choc de ses échecs à peine apaisé et sa santé rétablie, Laurier répondit au défi sans tarder. Il choisit de s'établir définitivement dans la région des Bois-Francs, précisément à Arthabaskaville (Arthabaska), où il demeura à partir de la mi-septembre 1867. Chef-lieu du comté et son centre judiciaire, Arthabaskaville, au paysage romanesque, regroupait quelque 730 habitants à 96 % francophones. Laurier s'y fit construire une maison spacieuse de 3 000 $ en 1876-1877 et y noua des relations solides avec des libéraux et des artistes. Il s'incrusta si bien dans son milieu qu'il devint échevin, maire, puis préfet de comté en 1881. Il s'occupa régulièrement des affaires de la communauté paroissiale et de son église. En 1897, ses obligations politiques l'obligeraient à s'établir à Ottawa, mais jamais, comme le montre sa correspondance, il n'oublierait les charmes et la tranquillité d'Arthabaskaville, où il reviendrait désormais durant la période des fêtes et aux vacances saisonnières.

Fixé dans son lieu de résidence, Laurier prit ensuite épouse. Le 13 mai 1868, il maria Zoé Lafontaine dans la cathédrale Saint-Jacques de Montréal. Il avait toujours refusé de demander la main de Zoé, car il se considérait trop malade et trop pauvre, mais averti par le docteur Gauthier qu'elle était sur le point d'épouser un autre prétendant, même si elle l'aimait toujours, Laurier se rendit aussitôt à Montréal. Le soir même, en l'absence de Carolus et de sa famille, il se maria puis, seul, repartit aussitôt pour Arthabaskaville où l'attendait une cause urgente. De cette union, le couple n'eut pas d'enfants, et il le regretta profondément. Dans l'ensemble, ce mariage fut heureux, mais pas toujours. Il y eut la passion qui lia Laurier à Émilie Barthe, femme de son associé, l'avocat Joseph Lavergne. Cette femme brillante et très cultivée conquit Laurier en 1874: mêmes intérêts littéraires, même anglophilie. Ils vécurent entre eux la liaison romantique la plus célèbre de l'histoire politique canadienne. Leurs lettres témoignent d'un amour réel. D'un amour platonique ? Nul ne le sait vraiment, même si la rumeur, jamais confirmée, courait à l'époque que de cette relation naquit Armand La Vergne. Cette intimité dura vraisemblablement jusque vers 1897, quand les nécessités politiques reprirent leurs droits. Wilfrid et Zoé se rapprochèrent alors pour se consacrer l'un à l'autre jusqu'à la fin de leurs jours. Zoé survécut à son mari et s'éteignit à Ottawa le 1er novembre 1921.

À l'été de 1867, Laurier réorganisa aussi sa vie professionnelle. C'est à Arthabaskaville qu'il établit son bureau d'avocat où il eut, durant les 30 ans qu'il exerça, quatre associés: d'abord Eugène Crépeau, de 1867 à 1869, puis Édouard Richard, de 1869 à 1874, enfin Joseph Lavergne, de 1874 à 1897, à qui se joignit Philippe-Hypolite Côté à partir de 1889. Sa pratique se concentra plutôt sur le droit général et ne bénéficia jamais de causes célèbres. Ses pairs reconnurent sa compétence en le nommant membre du conseil du barreau d'Arthabaska en 1888 et bâtonnier du même district en 1889. Incontestable vedette de son bureau, Laurier dut progressivement et à son grand regret, par suite de responsabilités politiques sans cesse plus lourdes, en délaisser la besogne quotidienne. La pratique du droit ne fit pas de Laurier un avocat prospère et fortuné, et ne lui permit pas d'accumuler l'argent dont il avait besoin pour assumer ses responsabilités croissantes au sein du Parti libéral. Cette situation l'accabla et il s'en plaignit régulièrement.

Cette sécurité financière que Laurier recherchait tant, il l'obtiendrait après les élections du 23 juin 1896 qui le porteraient au pouvoir à Ottawa. Dès le lendemain, William Mulock, député de York North, en Ontario, demanderait son autorisation pour lever un fonds de 50 000 $ à 100 000 $ afin de le mettre à l'abri du besoin pour le reste de ses jours. Laurier acquiescerait, comme il acquiescerait lorsque le Parti libéral lui offrirait une luxueuse maison à Ottawa en 1897. Dès lors, il fermerait son bureau d'avocat d'Arthabaskaville et nommerait juge son associé Joseph Lavergne. Cette situation rêvée ne veut toutefois pas dire qu'il ne chercherait pas à faire fructifier son avoir après 1896. Cet homme, qui se disait peu habile dans les questions d'argent, avait quand même essayé de faire travailler son pécule dans le passé. N'avait-il pas mis sur pied avec d'autres le Syndicat agricole d'Arthabaskaville en 1880 afin d'exploiter le sucre de betteraves ? N'avait-il pas fondé en 1889, avec quatre autres associés, la Compagnie minière Laurier pour « faire le commerce et exploitation des mines dans les comtés d'Arthabaska, de Mégantic, de Wolfe » ? Après 1896, il accepterait, sans trop sourciller, de faire partie du conseil d'administration de quelques compagnies mais, surtout, il investirait son argent comme, à la fin de sa vie, dans la Canada Cement Company. À sa mort, en sus de ses polices d'assurances sur la vie, de ses biens mobiliers et de ses immeubles, Laurier disposerait d'au moins quelque 25 000 $.

Cet homme, dont la vie personnelle et professionnelle allait ainsi progressivement se stabiliser, caressa enfin, dès l'été de 1867, un dernier projet, celui de se lancer en politique active, ainsi qu'en témoigne cette confidence à Zoé le 1er août 1867 : « Je me mêle activement d'élection [...] Maintenant on veut me porter candidat et je ne m'y oppose pas. Autant vaut travailler pour moi que pour les autres. » Pour éviter probablement les déchirements au sein des libéraux regroupés en bonne partie dans l'Association de réforme du Bas-Canada formée en mai 1867 pour motiver les troupes divisées et leur tracer les lignes d'un programme rassembleur, Laurier ne se porta finalement pas candidat aux élections générales de la fin d'août et du début de septembre 1867, les premières à se tenir sous le régime de la Confédération afin de remplir de députés tant l'Assemblée législative de Québec que la Chambre des communes du Canada. Le rouge et libéral qu'il disait toujours être se frotta toutefois jusqu'au bout aux luttes de partis qui conduisirent les adversaires libéraux-conservateurs à la direction du pays et de la province de Québec.

Avant de faire son entrée officielle dans la vie publique, Laurier dut régler deux préalables essentiels à ses succès futurs. D'abord, allait-il accepter une fois pour toutes cette Confédération qu'il maudissait il n'y a pas si longtemps ? Laurier, qui avait déjà franchi une première étape à cet égard à l'été de 1867, décida par l'affirmative. Comme son chef Antoine-Aimé Dorion et bien d'autres libéraux, il choisit d'admettre le fait accompli et d'oeuvrer au sein du nouveau Canada pour le rendre moins funeste aux Canadiens français. Puis, allait-il demeurer un adepte du rougisme, ce produit de l'Institut canadien en quasi-désintégration, de moins en moins prisé par la population? Cette fois, il répondit par la négative. Révolu chez lui le libéralisme radical, place au libéralisme modéré, à la manière classique des whigs britanniques, respectueux des volontés populaires et, espérait-il, moins menaçant pour le clergé catholique. Laurier n'avait plus dès lors de pensée que sa première élection au sein du Parlement de la province de Québec.

Elle vint à l'été de la cruciale année 1871, l'année du tournant décisif de sa vie. Laurier mena une campagne d'enfer à compter du 28 mai 1871 pour devenir député libéral de la circonscription de Drummond et Arthabaska. De fait, il ne put compter que sur sa fougue, son réseau d'amis libéraux et son prestige naissant, et bien peu sur le Parti libéral de Henri-Gustave Joly, simple coalition de noyaux régionaux, sans organisation ni programme. Au clergé catholique local qui le qualifia de rouge et de révolutionnaire épris de toutes les libertés, Laurier répondit en proposant un programme équilibré qui reprenait les grands thèmes électoraux de l'heure: il toucha ainsi tant à l'éducation, à la colonisation et à l'agriculture, dont il fallait augmenter les crédits, qu'à l'abolition du Conseil législatif et qu'au développement industriel, remède au terrible fléau de l'émigration. Le soir du 11 juillet, son triomphe par 750 voix de majorité rendit la défaite provinciale des libéraux moins amère.

Pendant les quelque deux ans et demi qu'il besogna au Parlement de Québec, Laurier se comporta toutefois le plus souvent comme s'il se trouvait toujours en propédeutique. Il regardait, écoutait, apprenait et se pliait, non sans maugréer, aux exigences du milieu parlementaire, qu'il n aima pas vraiment comme l'attestent ses lettres à Zoé. Un des plus jeunes députés de l'Assemblée législative, Laurier n'était pas la vedette de l'opposition. De fait, il ne mit réellement la main à la pâte qu'à la première session, celle de novembre-décembre 1871, mais il le fit bien. Le 9 novembre, dans son premier discours prononcé sur l'adresse en réponse au discours du trône, il affirma avec la conviction des précurseurs que le « véritable progrès » et la « véritable prospérité » de la province, fondements, avec la promotion des réformes politiques, de son engagement dans la vie publique, passaient aussi par l'industrie et l'immigration d'ouvriers et d'artisans qualifiés. Puis, le 22 novembre, Laurier récidiva en attaquant le double mandat, ce cumul autorisé des mandats fédéral et provincial qui avait permis, en 1871, à pas moins de 17 députés de siéger à la fois à Québec et à Ottawa. Il lança des phrases lapidaires qui marquèrent le débat: « Avec le simple mandat, Québec est Québec; avec le double mandat, ce n'est plus qu'un appendice d'Ottawa. » L'allocution, bien structurée, suffisamment étoffée, exposa en termes clairs la doctrine de l'autonomie provinciale, au centre du problème. Aux yeux de plusieurs, un redoutable orateur s'était fait valoir. Pourtant, à peu d'exceptions près, Laurier ne se manifesta plus par la suite. L'homme était-il trop déçu de ce milieu ? Se laissait-il trop envahir par l'ennui, par la pratique du droit ? Une chose reste certaine: l'état lamentable de son parti l'affligeait.

Le Parti libéral vivait en effet une bien lamentable situation. Sans programme véritable, sans structure extra-parlementaire, il traînait lourdement encore son passé radical. Comme d'autres libéraux, Laurier comprit que l'heure des réflexions et des gestes d'éclat avait sonné. L'avenir résidait dans le renouvellement de la pensée libérale et dans une organisation dynamique qui regrouperaient libéraux et conservateurs, désireux de saisir les rênes du pouvoir et d'y placer les principes avant les intérêts égoïstes. Dès son entrée en politique, le député de Drummond et Arthabaska se consacra à cette opération.

Au départ, Laurier choisit la plume. Dans un journal d'Arthabaskaville, il réaffirma en décembre 1871 ce qu'il avait déclaré durant la dernière campagne électorale: « Les libéraux de 1871 ne peuvent être identiques, par les hommes et les principes, à ce qu'ils étaient en 1848, époque de renaissance libérale. » Puis, en 1872, il s'engagea dans l'action. Ce même mois, il contribua, avec d'autres jeunes tels Louis-Amable Jetté, Frédéric-Ligori Béïque et Honoré Mercier, à la fondation du Parti national, né en ligne droite de ce désir de faire peau neuve. D'abord réticents, les vétérans libéraux se rallièrent à ce parti réformiste et autonomiste qui voulait devenir un lieu de rencontre des modérés de la province de Québec, capables de « placer l'intérêt national » au-dessus de tout. Au fond, les plus vieux comprirent vite, comme le souligna le Canadien, que le Parti national, « c'était le parti libéral s'organisant de nouveau, rajeunissant son programme de 1847 ». Dans cette résurgence du Parti libéral à travers le Parti national, Laurier joua un rôle incontestable. Il en fut même un des piliers. Les résultats des élections fédérales de l'été de 1872 ne furent toutefois pas à la hauteur des espoirs des jeunes nationaux. Sir John Alexander Macdonald, bien que très affaibli, fut reporté au pouvoir à Ottawa et le Parti libéral absorba peu à peu le Parti national. Néanmoins, Laurier et les jeunes avaient donné à leur formation d'origine un élan qu'elle ne pourrait pas totalement oublier.

À l'automne de 1873, le destin servit bien Laurier. Le gouvernement Macdonald fut rudement secoué à Ottawa par le scandale du chemin de fer du Pacifique qui entraîna sa démission le 5 novembre et son remplacement par le gouvernement libéral d'Alexander Mackenzie. Aux élections fédérales qui suivirent, à la fin de janvier et au début de février 1874, Laurier saisit sa chance. Il renonça à son mandat à Québec et se présenta comme candidat libéral dans Drummond et Arthabaska. Sa campagne fut courte, 27 jours, tout comme d'ailleurs son programme, qui se résumait à une dénonciation de la corruption conservatrice. Cette fois, pas de place pour les définitions savantes du libéralisme politique. Un seul but, la victoire. Elle vint le 29 janvier et pour Laurier et pour le Parti libéral. De paroisse en paroisse, ce soir-là, les militants libéraux de Drummond et Arthabaska promenèrent, en un long défilé, leur nouveau député. Laurier, 32 ans, vibrait de bonheur.

Quand il pénétra dans la Chambre des communes, le 26 mars 1874, Laurier dut se sentir bien humble dans la vaste enceinte qu'occupaient 205 autres députés dont les uns, ses adversaires, Macdonald en tête, et les autres, ses amis politiques, les Mackenzie, Antoine-Aimé Dorion, Luther Hamilton Holton, Edward Blake, Richard John Cartwright, avaient de quoi impressionner. Il lui fallait, bien sûr, commencer par sortir du quasi-anonymat et gagner un à un ses galons s'il voulait s'imposer dans ce Canada à bâtir mais dont les bases demeuraient fragiles, voire même contestées. Laurier y consacra la première phase de sa vie parlementaire qui dura de 1874 à 1878. Pour se dévoiler à ses collègues, il misa sur son éloquence. Il s'illustra ainsi dès le 30 mars 1874 lorsqu il appuya l'adresse en réponse au discours du trône. Il fit alors en français trois professions de foi: la première envers son pays, la deuxième envers son parti dont le libéralisme s'identifierait d'emblée au libéralisme pratiqué en Angleterre, la troisième envers son gouvernement. Le succès fut immédiat. Il récidiva le 15 avril suivant sur l'amnistie à accorder au Métis Louis Riel, nouveau député de Provencher, au Manitoba. Dans des élans oratoires exprimés en anglais, il s'opposa à son expulsion des Communes, même s'il n'éprouvait pas de sympathie pour le Métis, comme il l'écrivait au député James Young, le 16 septembre 1874. À l'instar d'autres libéraux de la province de Québec, il n'avait fait qu'utiliser la question de l'amnistie pour diminuer encore davantage l'influence des conservateurs. Toutefois, aux Communes, ce 15 avril 1874, ne parurent que la grandeur d'âme, que la beauté de l'expression. Enfin, le 12 février 1875, il revint à la charge sur l'affaire Riel au moment où le gouvernement proposa d'amnistier toutes les personnes impliquées dans les troubles du Nord-Ouest, sauf trois dont Riel. Encore ici, Laurier trouva les accents pathétiques. De plus, il en profita pour dévoiler le fondement de ses prises de position sur tous les sujets politiques: entre les opinions extrêmes, il se rangeait dans celle des « hommes modérés [qui] prendr[aient] un terme moyen pour arriver à la justice et à la vérité. » Progressivement, jusqu en 1877, ses performances à la Chambre révélèrent publiquement un homme politique modéré, lucide, supérieur à la moyenne, qui avait apprivoisé le milieu parlementaire. Il fallait cependant faire encore plus, s'imposer à l'intérieur même du parti, devenir la solution québécoise aux difficultés rencontrées par sa formation et par le gouvernement qu'elle avait formé à Ottawa. En effet, le gouvernement Mackenzie s'était essoufflé avec le temps, embourbé surtout dans la crise économique et dans une politique de peu d'envergure. En outre, le Québec n'était pas représenté adéquatement au cabinet depuis la démission du ministre Antoine-Aimé Dorion en mai 1874. La situation était devenue d'autant plus insupportable que, graduellement, l'aile ultramontaine du clergé catholique s'était remise à bouger, confondant de plus belle libéraux doctrinaires et libéraux modérés, intervenant indûment dans les élections. Laurier entreprit donc de nouveau, mais résolument et pour de bon cette fois, la très longue conquête libérale de la province de Québec. En 1875, par exemple, il participa activement aux élections provinciales. À Sainte-Croix, dans Lotbinière, le 6 juin, il affronta le triomphant Joseph-Adolphe Chapleau, l'étoile montante des conservateurs. Il lança alors un message porteur d'avenir: « Lorsque le parti conservateur s'affuble du manteau de la religion, ce n'est qu'un masque [...] Nous, nous sommes libéraux comme on est libéral en Angleterre. » Il y eut surtout son grand discours prononcé à Québec, le 26 juin 1877, sur le libéralisme politique. Le moment était historique. Laurier pouvait y ravager sa carrière: ses chefs tentèrent même de le dissuader, car le délégué apostolique Mgr George Conroy procédait alors à une enquête afin de statuer sur les partis politiques. Laurier écarta toutefois cette prudence trompeuse qui avait conduit aux problèmes présents. Certes, il reconnaissait qu'il ne devait pas provoquer Mgr Conroy, mais il savait aussi que le temps était venu d'expliquer le plus clairement possible à la population le libéralisme de son parti. Son approche restait pragmatique, son ambition partisane, ce qui laissait entendre qu'il voulait contribuer à l'édification d'un système de partis et d'un mode de gouvernement modernes, où le Parti libéral détiendrait pleinement sa place sur l'échiquier politique de la province. Il s'exécuta avec brio, tâtant tantôt de la passion, le plus souvent de la raison, bien qu'à l'occasion il tombât dans l,éloquence facile. Non, affirma-t-il devant son auditoire de quelque 2 000 personnes, « le libéralisme catholique n'est pas le libéralisme politique ». Non, « le parti libéral [n ]est [pas] un parti composé d'hommes à doctrines perverses et à tendances dangereuses, marchant sciemment et délibérément à la révolution ». Non, il n'y a pas, entre libéraux et conservateurs, de « différence morale ». Décidé à se définir, il jeta: « Je suis un libéral. Je suis un de ceux qui pensent que partout, dans les choses humaines, il y a des abus à réformer, de nouveaux horizons à ouvrir, de nouvelles forces à développer. » Ces principes, un pays les avait appliqués, l'Angleterre. Le Parti libéral y « [avait] opéré une série de réformes qui [avaient] fait du peuple anglais le peuple le plus libre, le plus prospère et le plus heureux de l'Europe ». Puis, en démocrate conscient de la nécessité du respect de l'individu et de ses choix ainsi que de la nécessaire séparation de l'Église et de l,État, il précisa, quoiqu'en termes modérés, la place du clergé en politique : « [Son] droit d'intervention [...] finit à l'endroit où il empièterait sur l'indépendance de l électeur [...] Il est [...] parfaitement permis de changer l'opinion de l'électeur, par le raisonnement et par tous les autres moyens de persuasion, mais jamais par l'intimidation. » Enfin, il conclut par ces mots : « La politique du parti libéral est de protéger [nos] institutions, de les défendre et de les propager, et, sous l'empire de ces institutions, de développer les ressources latentes de notre pays. Telle est la politique du parti libéral; il n'en a pas d'autre. » Laurier venait d'émettre des idées propres à satisfaire Mgr Conroy, des mots clés, voire fétiches, qu'il répéterait pendant les meilleures années de sa vie politique.

Ce fut le triomphe. Du jour au lendemain, Laurier devint une figure nationale, mais davantage le leader que les libéraux de la province de Québec attendaient. Le premier ministre Mackenzie le comprit: le 8 octobre 1877, il le nomma ministre du Revenu de l'intérieur. Laurier siégerait désormais au cénacle de la politique canadienne. Qui plus est, il y serait considéré comme le vrai successeur de Dorion, « le chef même des libéraux bas-canadiens ». Toutefois, Laurier ne demeura ministre qu'une année et un jour. Une année plutôt mouvementée, parsemée d'épreuves. Celle d'abord de sa réélection dans Drummond et Arthabaska comme l'y obligeait la coutume de l'époque. Les conservateurs lui offrirent un combat impitoyable qui, le 27 octobre, se solda par sa défaite. Laurier se présenta alors dans Québec-Est: même combat difficile pour lui, qui se considérait alors « la dernière carte du parti en cette province », même hargne chez les conservateurs. Cette fois cependant, les libéraux, mieux organisés, soutinrent si bien leur candidat que Laurier décrocha une majorité de 315 voix, le 28 novembre 1877. De ce moment à sa mort en 1919, Laurier allait tisser avec la circonscription de Québec-Est des liens si serrés que jamais elle ne lui ferait faux bond. Les joies de la victoire devaient toutefois s'estomper rapidement. La session parlementaire de l'hiver et du printemps de 1878 ramena en effet Laurier à la dure réalité. Le gouvernement Mackenzie n'arrivait pas à trouver le souffle qu'il fallait pour conduire adéquatement le pays, et lui-même souffrit le retour de sa maladie chronique qui le cloua au lit à plusieurs reprises. Laurier servit quand même à la Chambre de belles interventions, défendit convenablement ses dossiers et l'administration de son département, mais sans plus. Il manifesta plus d'entrain au cours de la campagne électorale en vue des élections fédérales du 17 septembre 1878. Laurier, qui avait la haute main sur son parti au Québec, multiplia les efforts, mais ce fut peine perdue. Les libéraux cédèrent le pouvoir aux conservateurs et à leur Politique nationale; ces derniers triomphèrent par 78 sièges. Bien que réélu, Laurier n'avait pu empêcher les conservateurs d'obtenir une majorité de 29 sièges au Québec. À 36 ans, il redevint simple député dans un groupe décimé de 64 libéraux dont seulement 18 de la province de Québec.

S'amorça dès lors l'étape des pénibles années 1878 à 1884. L'homme, désabusé, découragé, donna souvent l'impression de ne plus s'intéresser à la politique ni à son propre parti, qui connut déboires sur déboires. Certes, au cours de cette période, Laurier fit aussi de bons coups et, parfois, la manchette, comme lorsque, avec franchise, il incita Mackenzie à démissionner en 1880; comme, encore en 1880, lorsqu il fonda, avec d'autres, le journal l'Électeur de Québec pour ressourcer les troupes libérales; comme, le 20 avril 1881, lorsqu'il publia dans l'Électeur son célèbre article « la Caverne des 40 voleurs », où il qualifia le conservateur Louis-Adélard Senécal, grand ami de Chapleau, d'escroc et l'accusa de vouloir voler la province, ce qui le conduisit à un retentissant procès; comme, enfin, lorsqu'il contribua aux travaux de la Chambre. Il n'aborda toutefois, pratiquement, aucune idée nouvelle. Il défendit le tarif protecteur modéré, l'autonomie provinciale, le lien du Canada à la couronne britannique et, s'opposant à la politique d'aide au chemin de fer canadien du Pacifique des conservateurs, il appuya la théorie du laisser-faire et du rôle réduit de l'État en matière économique. Il n'y avait rien, en somme, pour impressionner outre mesure, surtout pas le journaliste John Wesley Dafoe qui le vit à l'oeuvre au cours de la session de 1884 et qui tracerait de Laurier ce portrait peu flatteur: « Les activités politiques de Laurier se résumaient, ni plus ni moins, au vague rôle de secrétaire du chef libéral. Il tenait ses documents en ordre, lui remettait tour à tour les hansards et les livres bleus, appelait les pages pour enlever tout ce qui nuisait et remplir le verre d'eau [...] Sa brillante éloquence n'existait que dans la mémoire des parlementaires. » Voilà où en était rendue l'image publique de Laurier en 1884. Au fond, seuls semblaient vraiment l'intéresser la tranquillité d'Arthabaskaville, où il pouvait lire à volonté, la pratique du droit, les amis et, bien sûr, Émilie Lavergne.

Soudain, en 1885, la carrière politique de Laurier reprit son côté spectaculaire, fulgurant. Une fois encore, ce furent les événements qui lui imposèrent leur emprise. L'élément déclencheur fut la rébellion du Nord-Ouest, avec à sa tête le Métis Louis Riel, qui agita tout le pays en 1885. La reddition de Riel en mai, son procès en juillet, sa condamnation à mort en août, enfin sa pendaison le 16 novembre soulevèrent de profondes émotions: chez les Ontariens, hantés par les mânes de Thomas Scott qu'il fallait venger; chez les Canadiens français, indignés jusque dans leurs entrailles. En assaillant ainsi le Métis, c'était leur sang et leur culture canadienne-française même qui se trouvaient bafoués. Laurier, avec autant de sincérité au coeur que d'espoir d'affaiblir le plus possible les conservateurs, se remit à la lutte politique. Ce fut à la Chambre des communes qu'il montra d'abord son agressivité retrouvée. Le 7 juillet 1885, il y prononça l'allocution la plus longue de sa vie parlementaire. Il s'exprima en chef actif des libéraux de la province de Québec. Un doigt vengeur dirigé contre Macdonald, il l'accusa de mépriser les Métis et d'être ni plus ni moins le responsable de la rébellion. Puis, Laurier entreprit une action extraparlementaire aux côtés de l'équipe provinciale de Mercier, plus structurée et plus nationaliste que jamais, déjà prête à transformer le mouvement national de sympathie envers Riel en un vrai Parti national qui regrouperait libéraux et conservateurs furieux contre Macdonald et ses ministres francophones, Chapleau, sir Hector-Louis Langevin et sir Adolphe-Philippe Caron. En septembre et octobre 1885, il participa à pas moins de six assemblées publiques, mais rien ne compta plus alors que son grand discours au Champ-de-Mars de Montréal, le 22 novembre, six jours seulement après la pendaison de Riel. Devant près de 50 000 personnes, Laurier s'emporta à un point tel qu'il ne put retenir ces phrases qui frappèrent l'imaginaire collectif : « Si j'avais été sur les bords de la Saskatchewan lorsqu éclata la révolte j'aurais pris moi-même les armes contre le gouvernement [...] l'exécution de Riel a été un meurtre judiciaire [...] Comment M. Chapleau [...] a-t-il pu trempé dans ce froid assassinat d'un compatriote. » En cette journée, Laurier s'était joint à l'âme triste des Canadiens français et l'avait certainement conquise. Certes, il n'avait pas présenté son nationalisme, mais comment douter de son rapprochement avec celui de Mercier. Jamais, depuis son entrée en politique active, Laurier n'était allé aussi loin dans ses propos que ce 22 novembre. Jamais non plus, il n'irait aussi loin.

Les plus beaux fleurons de la remontée politique de Laurier restaient toutefois encore à venir. Le 16 mars 1886, au moment du débat sur une proposition du député conservateur Philippe Landry voulant que la Chambre exprimât ses regrets pour la mort de Riel, Laurier trouva une première occasion d'exposer la seule voie à suivre dans la construction difficile du pays: « nous ne pouvons faire de ce nouveau pays une nation en répandant le sang, affirma-t-il, mais en nous montrant clément[s] et charitables pour toutes les offenses politiques [...] Peut-être serait-il mieux au seul point de vue utilitaire, de n'avoir qu'une seule langue; mais le français et la langue de nos mères, la langue qui nous rappelle les souvenirs les plus sacrés [...] tant qu'il y aura des mères françaises dans le pays, la langue française ne périra point. Mais ces sentiments sont en harmonie parfaite avec la loyauté envers l'Angleterre. » Cette conception du pays, il la développa aussi à Toronto, le 10 décembre suivant, dans le but évident de s'expliquer face à l'Ontario. Il justifia alors sa conduite et ses propos des mois passés puis, quelque peu frondeur, il se permit même de tancer la foule: « vous-mêmes sur les bords de la Saskatchewan [...] qu'auriez-vous fait ? » Il soutint d'emblée l'attitude des Canadiens français sur l'affaire Riel et, franchement, défendit leur droit à l'existence au Canada. Dès lors, il était prêt à déclamer sa définition de la nation canadienne: « nous sommes tous Canadiens. Sous l'Île de Montréal, les eaux qui viennent du Nord par l'Outaouais s'unissent aux eaux qui viennent des lacs de l'Ouest; elles se joignent, elles ne se mêlent pas. Elles offrent en cet endroit le spectacle de deux courants parallèles, parfaitement séparés et distincts, et cependant elles suivent la même direction, coulent côte à côte entre les mêmes rives, celles du majestueux Saint-Laurent, et dans leur course elles roulent ensemble vers l'océan [...] Voilà l'image parfaite de notre peuple. » Les libéraux ontariens écoutèrent avec surprise cet orateur « à la langue d'argent » dont des journaux avaient parlé après le discours du 16 mars. De surcroît, ils côtoyèrent de près un homme politique qui désirait proposer aux Canadiens une voie réfléchie, faite de modération, mais une voie qui pouvait devenir inspiration. La remontée politique de Laurier trouva là, ce 10 décembre 1886, son couronnement.

C'est pourquoi lorsque Macdonald annonça des élections générales pour le 22 février 1887, Laurier, sorti de l'ombre, battit les tambours. Il dirigea les opérations électorales au Québec avec une confiance renouvelée. Avec Mercier, nouveau premier ministre de la province, avec certains conservateurs nationaux, voire ultramontains, il parcourut plusieurs régions en y promenant allègrement le fantôme de Riel. En vain. Le 22 février, Macdonald se faufila à nouveau. Blake, diminué, malade, insomniaque, peu entiché de la direction du parti, prit la décision de se retirer le 2 juin 1887.

Le problème du leadership du Parti libéral fédéral était dès lors posé crûment. Blake, comme le voulait la coutume de l'époque, eut le dernier mot. Il ne retint ni Oliver Mowat, non disponible, ni sir Richard John Cartwright, impopulaire auprès des Canadiens français et des manufacturiers, ni David Mills, qui manquait de cran. Sans hésiter, il désigna Laurier. Quel étonnement ! D'abord chez plusieurs libéraux qui voyaient Laurier ou trop frêle, indolent et sans poigne, ou trop marqué en Ontario par l'affaire Riel, ou encore trop menacé au Québec par le clergé qui se souvenait toujours de son rougisme. Étonnement, bien sûr aussi, chez Laurier qui refusa péremptoirement. Le 11 juin, il écrivit à son ami Ernest Pacaud : « Je ne désire pas être chef. Ce n'est pas là mon idéal [...]; mais deux objections subsistent [...] Je n'ai pas de fortune, je n'ai pas de santé [...] mes amis m'imposent une tâche trop lourde. » Le clairvoyant Blake n'en démordit pas toutefois. À ses yeux, le parti avait besoin d'un chef intègre, capable de jugement et de courage, capable aussi de considérer les problèmes non sous l'angle racial ou religieux, mais selon le strict intérêt national, capable enfin de remuer les foules mais, également, d'inciter le Québec à joindre majoritairenent les rangs libéraux, l'une des conditions essentielles à la prise du pouvoir à Ottawa. Le 18 juin 1887, de guerre lasse, Laurier accepta mais en précisant qu'il assumait temporairement la fonction et qu'il la remettrait à Blake aussitôt sa santé revenue. Au fond, Laurier estimait qu'il était bien difficile pour un Canadien français de remplir un tel poste dans une formation fédérale. L'enthousiasme ne caractérisait certes pas le nouveau chef alors, mais, comme le montre aussi sa correspondance, le cran, la détermination, la volonté de réussir se trouvaient bel et bien plantés en cet homme de 45 ans.

Laurier allait consacrer les neuf prochaines années de sa vie à convaincre les Canadiens qu'il pouvait conduire leur destinée. Les circonstances, encore une fois, lui suggérèrent une stratégie à trois volets. En premier lieu, il lui fallait doter le parti d'une politique économique capable de revitaliser sa formation démoralisée, de détourner les Canadiens de leurs querelles interculturelles, de vaincre les vieillissants conservateurs de Macdonald qui n'arrivaient pas à créer le climat propice à enrayer l'émigration des Canadiens vers les États-Unis. Dès le 14 juillet, il avait trouvé cette politique: c'était l'union commerciale avec les États-Unis, inspirée du courant libre-échangiste très présent dans le parti autour de l'infatigable Cartwright et centrale dans l'idée continentaliste qui charmait alors plusieurs Canadiens. La mesure, qui supposait l'établissement d'un système tarifaire commun, fut ramenée, à l'hiver de 1888, grâce semble-t-il à James David Edgar, à la réciprocité totale, c'est-à-dire la libre circulation de tous les produits entre le Canada et les États-Unis, puis présentée et battue à la Chambre des communes le 6 avril après qu'une vingtaine de députés libéraux se furent abstenus de voter. Déçu, mais non effondré, Laurier maintint cette idée. Il croyait à l'important débouché que représentait ce vaste marché de 60 millions d'Américains et il refusait d'admettre la destruction possible des industries canadiennes et d'être accusé de déloyauté envers l'Angleterre dont il admirait tant la civilisation mais de laquelle, déclara-t-il alors, la colonie devrait se détacher progressivement pour devenir une nation pleine et entière. Jusqu'en 1891, il résista tant bien que mal à l'assaut contre la réciprocité totale que plusieurs ne distinguaient pas vraiment de l'union commerciale qui, à leurs yeux, pourrait priver le Canada de son identité. Il résista ainsi à Blake et à d'autres influents libéraux, puis aux membres de l'Imperial Federation League qui n'arrêtaient pas de crier à la trahison face à l'Empire et à imaginer l'annexion aux États-Unis. Il dut même se défendre contre les Américains qui s'enfermaient dans un protectionnisme étroit. La réciprocité ne constitua pas, cependant, un enjeu aussi mobilisateur de ses troupes qu'il l'aurait souhaité.

La réciprocité ne contribua pas, non plus, à apaiser les conflits interculturels. Une marmite prête à exploser, voilà l'image qui vient à l'esprit lorsqu'on scrute le Canada des années 1888-1890. Au fond, le problème qui se posait alors concernait l'identité nationale. Certains voyaient la nation canadienne liée de près à l'Empire britannique tandis que d'autres l'ancraient davantage sur le continent nord-américain. Mais il y avait plus. Certains anglo-protestants optaient pour une nation canadienne plutôt exclusive, unilingue anglaise et protestante. Redoutant la force et l'ambition des Canadiens français catholiques, qu'exprimait avec tant de vigueur Mercier, ils partirent en croisade contre le dualisme canadien. Les autres, les Canadiens français, suivis par des Anglo-Saxons, rêvaient surtout d'un Canada bilingue et biculturel. Eux aussi partirent en croisade passionnée.

Cette agitation rejoignit vite le Parlement canadien. Pour dégager autant la position de son parti que sa définition de la nation à construire, Laurier dut intervenir. Ce fut là le deuxième objectif envisagé, et ce ne fut pas le moindre. Laurier adopta la prudence qui s'imposait d'elle-même, mais surtout il misa sur la franchise et défendit globalement le respect de trois principes: l'autonomie provinciale, les deux cultures fondamentales du pays, et la liberté. Le 28 mars 1889, au nom de ces trois principes, il s'opposa à ce que la Chambre condamne la loi concernant les biens des jésuites adoptée par le gouvernement Mercier. Il récidiva avec encore plus de force lorsque le 22 janvier 1890 D'Alton McCarthy, député conservateur ontarien, déposa un projet de loi demandant l'abolition des garanties touchant le français dans l'Acte des Territoires du Nord-Ouest. Laurier peaufina sa stratégie autour de la défense de l'autonomie provinciale, même s'il risquait ainsi de sacrifier la dualité canadienne s'étendant à tout le pays. En effet, comment pourrait-il empêcher une province à majorité anglaise de se doter d'institutions à caractère uniquement anglo-protestant ? Laurier le reconnaissait, mais il mit sa confiance dans la magnanimité des partenaires majoritaires. Dans cette optique, il appuya le 21 février l'amendement du ministre sir John Sparrow David Thompson qui laissait à l'Assemblée des Territoires du Nord-Ouest le pouvoir de décider elle-même de cette question, ce qui revenait à dire que les Territoires pourraient abolir à leur convenance l'usage du français dans leur Assemblée. La subordination du sort des deux cultures à l'autonomie provinciale en laissa plusieurs perplexes alors. Jamais, pour leur part, les nationalistes canadiens-français ne le pardonneraient à Laurier, mais ce dernier, chef de parti fédéral, conclut qu'il devait s'en remettre aussi au réalisme politique.

Ce même réalisme politique avait d'ailleurs amené Laurier à ne pas bouger après que le gouvernement libéral de Thomas Greenway, au Manitoba, eut, en ce début de 1890, déposé deux projets de loi dont l'un abolissait le français comme langue officielle et l'autre créait un système d'enseignement non confessionnel, dirigé et financé par l'État. Chez les catholiques, chez les Canadiens français qui ne formaient plus qu'environ le dixième de la population manitobaine, ce fut la consternation. Mais à Ottawa, Laurier, comme bien d'autres, désireux de calmer toute agitation précipitée, accepta la décision du gouvernement de confier l'affaire aux tribunaux et il s'en lava les mains.

Restait enfin le troisième objectif: Laurier en cerna vite l'importance après juin 1887, puisqu il s'agissait de la revitalisation et de la réorganisation du parti. Malgré ses continuelles intentions de démissionner de la chefferie, il mit les bouchées doubles. Il misa, entre autres, sur la création d'organisations provinciales solides et sur l'établissement de liens étroits avec les partis politiques provinciaux. Avec Edgar, en particulier, il activa le comité parlementaire d'organisation, qui recueillit des fonds, produisit et distribua des brochures électorales, surveilla les journaux du parti tels le Globe de Toronto et l'Électeur de Québec. Au Québec, par exemple, il continua dans l'esprit de ses gestes des années 1875-1877 et sut profiter habilement du terrain bien construit au fil des ans par Blake. La conversion de la province de Québec au Parti libéral prit donc progressivement un élan irrésistible. Laurier fut en partie l'architecte de cette réussite, mais aussi le bénéficiaire récoltant les fruits des efforts de son prédécesseur. En Ontario, Laurier manoeuvra pour devenir l'indispensable arbitre du caucus des députés divisé en diverses factions. Il y fit aussi des tournées politiques courageuses qui, sans être un succès en soi, lui permirent néanmoins de devenir à la longue le seul vrai point de ralliement des troupes.

Pourtant, la défaite du Parti libéral aux élections générales du 5 mars 1891 refroidit bien des ardeurs, même si ce dernier avait fait des gains intéressants en Ontario et si le Québec, pour la première fois depuis 1874, avait envoyé à Ottawa plus de libéraux que de conservateurs. Macdonald avait habilement misé sur la loyauté au Canada et à l'Empire que trahissait, selon lui, la réciprocité totale, l'enjeu de l'élection. L'échec, le premier de Laurier comme chef du parti, lui fit mal, et encore plus mal lorsque Blake publia le lendemain une lettre ouverte contre la réciprocité totale, ce qui attaquait de plein fouet son propre leadership. Laurier tomba dans un désabusement qui s'amplifia en 1892, année au cours de laquelle plus rien ne semblait fonctionner pour les libéraux. Pour combattre sa lassitude, il lut et écrivit abondamment. À l'occasion, pour se détendre, il se promenait à pied dans Ottawa. Trop souvent, il s'entêta dans une idée fixe: sa démission qui lui brûlait constamment les lèvres. Chaque fois, ses collègues protestaient, surtout après que Blake eut quitté le Canada en juin 1892.

Le regain de vie initiateur d'espoir ne s'amorça vraiment qu'à partir de 1893. À cette étape cruciale, Laurier fut bien servi par un désir renouvelé d'action et par le contexte politique qui lui octroya la chance de sa vie. Reprenant une idée du rédacteur en chef du Globe, John Stephen Willison, et bien secondé par le whip en chef du parti James Sutherland, Laurier convoqua à Ottawa, les 20 et 21 juin, un grand congrès national réunissant pas moins de 1 800 libéraux venus de partout au pays, la Colombie-Britannique et les Territoires du Nord-Ouest exceptés. Sous le signe de la dualité, le congrès présidé par l'important Mowat accoucha d'un nouveau programme où la réciprocité totale, atténuée pour satisfaire plusieurs libéraux dont Mowat, s'inscrivit désormais dans la perspective du développement des ressources naturelles du pays et dans celle de la nécessité d'un tarif douanier pour le revenu du Canada. Le parti, devenu officiellement « le Parti libéral du dominion du Canada », pensa organisation, offrit l'image d'une alternative de plus en plus crédible aux électeurs canadiens et, en particulier, aux protectionnistes et aux industriels. Laurier fut reconnu chef incontesté, voire incontestable, des libéraux de tout le pays. Il entreprit même alors une série de tournées pour mousser davantage les retombées du congrès et se montrer digne d'un rêve: faire du Canada une nation. Conscient de l'importance que prenait l'Ouest agricole, il le visita en septembre et octobre 1894, et lui offrit un programme en trois volets: relâcher l'étreinte de la Politique nationale, ouvrir le marché américain, accélérer l'immigration. Laurier ne réussit pas alors à conquérir l'Ouest, mais il s'attira respect et sympathie.

Il fallut toutefois l'une des plus tristes tragédies de l'histoire politique canadienne pour propulser Laurier jusqu'aux sommets des institutions politiques: la question des écoles du Manitoba qui, le 29 janvier 1895, se ranima pour de bon. Cette journée-là, le comité judiciaire du Conseil privé confirma que le gouvernement fédéral possédait bel et bien le droit d'intervenir pour réparer l'injustice causée en 1890 par la loi du gouvernement Greenway qui avait créé le système d'enseignement non confessionnel si abhorré par la minorité catholique, formée en grande partie de francophones. D'un coup, la balle rebondissait dans la cour des hommes politiques fédéraux. Dans toutes les péripéties de cette affaire, Laurier ne joua pas au héros. Jamais il n'émit publiquement une position ferme, bien qu'il exprimât régulièrement de la sympathie envers les droits scolaires de la minorité, qu'il souhaitait, affirma-t-il, protéger du mieux de ses possibilités. Les yeux rivés sur l'unité de son parti et sur le pouvoir, il multiplia plutôt les manoeuvres pour embarrasser les conservateurs qui, divisés, furent obligés de désigner le vieux sir Charles Tupper à la tête de leur formation pour ramener un tant soit peu l'unité. Le 11 février 1896, ils soumirent aux Communes un projet de loi réparatrice qui visait à rétablir en principe et en pratique les écoles séparées au Manitoba. Leur geste fut courageux et généreux. Laurier, oscillant, se posa cependant en défenseur des droits provinciaux et en symbole de l'espoir de la minorité. Il proposa le renvoi dans six mois de l'étude du projet et il s'employa à prolonger indûment le débat en utilisant l'obstruction systématique, ce qui tua le projet de loi. Le 16 avril 1896, Tupper le retira dans des scènes indescriptibles. Plus opportuniste que grand, laissant pantois les leaders de la minorité qui imaginèrent la trahison, Laurier, devenu pour plusieurs symbole de modération et d'apaisement dans ce si tourmenté Canada, venait de gagner l'avant-dernière manche avant son couronnement final. Restaient les élections générales prévues pour le 23 juin 1896.

Laurier ne rata pas sa chance même si, dans le but d'unifier davantage les troupes derrière lui, il pensa à laisser sa place de chef. Tupper, le nouveau premier ministre conservateur, fit une excellente campagne, mais Laurier apparut le seul capable de mettre fin aux difficultés sociales et économiques du pays et de le faire repartir sur des bases nouvelles. Bien secondé par trois premiers ministres provinciaux Mowat (Ontario), Andrew George Blair (Nouveau-Brunswick) et William Stevens Fielding (Nouvelle-Écosse), soutenu par le Québec où, malgré des évêques remuants, les libéraux comme plusieurs conservateurs conquis par sa personnalité le présentèrent comme une idole, il attaqua tous azimuts et esquiva les positions tranchées sur les écoles du Manitoba, l'enjeu principal mais non le seul de cette élection historique. Il triompha par 30 sièges, même si les conservateurs obtinrent plus de voix, soit 46,1 % contre 45,1 %. Il acquit ainsi un large mandat national appuyé sur une solide base dans la province de Québec, qui lui procura 49 députés sur 118. À 54 ans, Wilfrid Laurier devenait premier ministre du Canada, le premier Canadien français à détenir cette fonction dans la Confédération canadienne.

Laurier devait dès lors assumer pleinement son destin. Il y mettrait 15 années réparties en quatre mandats successifs à la tête du gouvernement canadien. Jointes à son libéralisme modéré, ses 25 années d'expérience de la vie politique active, de contact étroit avec le pays, avec des personnes tel Macdonald dont il admirait tant les qualités de meneur du jeu politique et des hommes, lui serviraient de solage. En outre, il exploiterait jusqu'au raffinement suprême sa personnalité aux multiples facettes souvent contradictoires, son charme et son charisme exceptionnels pour convaincre, séduire, écouter tout individu comme s'il représentait le personnage le plus important du moment ou encore pour garder les membres de son parti sous son contrôle indéfectible. Il s'en remettrait aussi à son indolence chronique, à la fois pour se reposer de son ardente fournaise quotidienne et laisser le temps accomplir son oeuvre. Habile, rébarbatif aux situations tranchées, manipulateur à ses heures, il cultiverait l'art de l'ambiguïté, des restrictions mentales, de la fusion à « l'air ambiant ». Dans ses dossiers, il refuserait de s'embarrasser des détails, préférant miser sur l'essentiel, guidé aussi par le pragmatisme qui accepte tels quels les hommes et les choses. Par-dessus tout, il érigerait en quasi-dogme le compromis, la diplomatie tranquille. Plusieurs y décèleraient de la non-conviction en tout, de la nonchalance excessive. Il s'agirait plutôt d'une stratégie calculée pour mieux arriver à ses fins dans un milieu aux appétits féroces. L'homme sera donc politicien, mais il serait le plus souvent ouvert, tolérant aux opinions opposées, conciliant, sauf quand il s'agirait de déloyauté. Jamais, il n'admettrait qu'un ministre ne contrarie ses projets. Il pourrait alors devenir ferme, cassant, prêt à sacrifier ses meilleurs hommes pour ménager ses objectifs, la solidarité ministérielle, l'honnêteté de son gouvernement à laquelle il tiendrait mordicus. Pendant 15 ans à Ottawa, il n'y aura donc qu'un seul maître de l'administration, qui saurait se servir du pouvoir, en tirer toutes les ficelles. Laurier parviendrait tout de même à recueillir l'amitié sincère de ses collaborateurs et de ses troupes en général, même de ses adversaires qui retrouveraient souvent en lui qui un père bienveillant, qui un inséparable ami à la franchise et à la loyauté désarmantes, qui un esprit élevé. Presque tous se laisseraient envahir par la dignité de ce grand seigneur, ce rassembleur d'hommes.

Pour demeurer jusqu'au bout maître de l'administration et de son parti, Laurier n'oublierait jamais une pièce capitale: le favoritisme. Il l'utiliserait à toutes les fins: pour montrer sa reconnaissance à un ami, pour attirer un adversaire dans son giron, pour éloigner un intrus de son entourage immédiat. Il verrait à tout, jusqu'à l'obtention d'un bureau de poste dans un village. Ce rôle, il le jouerait surtout au Québec, où il serait « le premier et le dernier juge », comme il l'écrirait en 1899. Dans le cas des provinces anglaises, il signerait généralement les documents, les décisions déjà prises par les ministres régionaux. Ainsi, peu à peu, Laurier se tisserait finement un réseau efficace d'amis sûrs, d'organisateurs loyaux.

À un autre niveau, Laurier se chargerait de nouer des alliances. Il chercherait à se rapprocher des grands capitalistes et de la difficile Ontario. Plus encore, il tenterait d'amadouer les membres influents du clergé ultramontain de la province de Québec. Il y mettrait des efforts, misant bien sûr sur son libéralisme modéré, tout en sachant qu'il risquait ainsi de provoquer l'ire des libéraux radicaux plus nombreux, peut-être, que l'historiographie l'a montré à ce jour. Prudent en ce qui regarderait les nominations dans son propre cabinet, il irait, en 1897, jusqu'à dicter celles du premier ministre libéral à Québec, Félix-Gabriel Marchand, tout en s'ingéniant à lui inspirer de haut la conciliation dans les réformes scolaires envisagées. Ses gestes, malgré de sérieux heurts ici et là, porteraient peu à peu des fruits même si, de part et d'autre, chacun demeurerait sur ses gardes. La plus belle des preuves resterait les bonnes relations qu'il entretiendrait à la longue avec Mgr Paul Bruchési de Montréal. Par ailleurs, mais encore au Québec, Laurier, clairvoyant, s'arrangerait pour regrouper sous son aile protectrice les conservateurs modérés, ceux de l'école de sir George-Étienne Cartier. Des noms tels Arthur Dansereau, Chapleau, Joseph-Israël Tarte seraient célèbres à cet égard. Cette conquête du Québec conservateur, à ce stade, appartiendrait à Laurier plus qu'à tout autre.

Laurier se mit résolument à la tâche après le 23 juin 1896 afin de remettre en branle son immense pays que la dépression économique et les conflits culturels et religieux avaient tant secoué. D'abord, il se consacra à la formation de son cabinet. Il tint compte des régions, des ethnies et des religions, ménagea la susceptibilité des industriels en écartant du ministère des Finances sir Richard John Cartwright, le principal ténor de la réciprocité, atténua les craintes du clergé en éloignant les rouges radicaux des postes importants, flatta les conservateurs modérés de la province de Québec en favorisant l'un des leurs et puisa dans l'expérience administrative de trois premiers ministres provinciaux au détriment d'anciens compagnons de l'opposition. Résultats ? Hauts cris dans les coulisses de la vieille garde, mais nomination, entre le 13 et le 20 juillet 1896, d'une équipe talentueuse de 11 personnes, parmi lesquelles Mowat (Justice), Fielding (Finances), Blair (Chemins de fer et Canaux), Cartwright (Commerce), Tarte (Travaux publics) et Mulock (Postes).

Pour Laurier, évidemment, il fallait avant tout régler la question scolaire manitobaine. Il écarta d'emblée l'enquête tant promise avant 1896 et opta pour la négociation avec le gouvernement Greenway, que mènerait surtout le très crédible Mowat. Suprême objectif: le compromis. En clair, s'en remettre à la volonté du plus fort puis, par des aménagements mineurs, espérer contenter le plus faible. Le 19 novembre 1896, le règlement Laurier-Greenway, véritable pacte entre des vainqueurs, fut rendu public. Il confirmait que les écoles séparées ne seraient pas rétablies, mais permettait l'enseignement religieux dans les écoles entre trois heures trente et quatre heures quand les parents de 10 enfants en zones rurales ou de 25 en zones urbaines en faisaient la demande. De plus, au moins un instituteur catholique devait être engagé si les parents de 40 enfants en zones urbaines ou de 25 en zones rurales le demandaient. Enfin, dans les écoles fréquentées par 10 enfants parlant français ou une autre langue que l'anglais, l'enseignement pouvait être donné en anglais et dans la langue maternelle, d'après le système bilingue. Et ce fut tout. Envolés les droits de la minorité inscrits dans deux constitutions. Seules, ou presque, avaient compté la paix « anglaise » à assurer à tout prix, la conception rétrécie d'un Canada que la majorité voulait à son image. Aux réactions virulentes de la hiérarchie catholique, succéda l'apaisement imposé par l'encyclique Affari vos, produit de l'enquête menée au Canada par le délégué du pape, Mgr Rafael Merry del Val, venu ici, à la demande de Laurier, pour étudier la situation manitobaine. Sa conclusion: le compromis Laurier-Greenway était imparfait et insuffisant, mais il devait être accepté et amélioré avec le temps selon les normes de la modération. Laurier venait de triompher. Jamais plus, il ne consentit à ce que la question manitobaine revînt devant le Parlement bien qu'il tentât de temps à autre de recueilir des miettes de concessions de la part de Greenway. Dès lors, Laurier put se targuer d'avoir ramené l'harmonie nationale, mais à quel prix ! Quoi qu'on en ait dit, ce règlement demeurait un précédent dangereux car, par lui, se voyait confirmée l'émergence d'un Canada de plus en plus uniculturel et anglophone, la vision tronquée du Canada conçu par les Pères de la Confédération. En outre, ce règlement montrait le gouvernement fédéral prêt à renoncer à son rôle de protecteur des minorités, à reconnaître la préséance des droits provinciaux sur les droits des minorités, à s'incliner devant le nombre.

La recherche de l'harmonie prévalut aussi dans la question de la réforme du tarif. Après les consultations appropri 
Laurier, Personnalité - Premier Ministre du Canada Henry-Charles-Wilfrid (I13332)
 
2232 Six frères et quatre soeurs sont baptisés au Bois-en-Ré dont Marie, le 24 janvier 1636, Pierre, le 6 janvier 1638, Pierre (homonyme), le 28 décembre 1639 à Ars-en-Ré, Marie, le 30 mai 1645, Michel, vers 1648, Jeanne, le 28 juin 1649, Catherine, le 8 avril 1654, Pierre, le 8 avril 1654, Jean, le 15 octobre 1665 et Étienne, le 4 août 1668. Catherine Masson est inhumée le 10 mars 1669 dans la paroisse du Bois-en-Ré. A propos du migrant, il peut s'agir d'un frère homonyme ou ayant changé de prénom. Le migrant se marie en 1668 (17 ans si c'est le bon baptême) et dit avoir 41 ans en 1681.

Source: Fichier Origine 
Mignier dit Lagacé, André (I8143)
 
2233 Social security - 023-14-2985 Labonté, Joseph Philippe A. (I18029)
 
2234 Social security - 024-10-5717 Labonté, Peter (I18027)
 
2235 Soeur d'Osite Thuot. Thuot, Clothilde (I2884)
 
2236 Soeur de Clotilde Thuot. Thuot, Osite (I2887)
 
2237 Soeur Jeanne dâ??Arc Landry À la Maison provinciale, 37, avenue des Cascades, Québec, le mercredi 14 septembre 2011, à lâ??âge de 96 ans et 7 mois, dont 75 ans de profession religieuse, est décédée soeur Jeanne dâ??Arc Landry (Marie-du-Christ-Roi) de la Congrégation des Soeurs Servantes du Saint-Coeur de Marie. Elle est née à Saint-Pascal de Kamouraska de monsieur Joseph Landry et de dame Justine Pelletier. Elle laisse dans le deuil, outre sa communauté, sa soeur Gemma Landry, s.s.c.m., des neveux et nièces, cousins, cousines et ami(e)s. Elle sera exposée à la Maison provinciale 37, avenue des Cascades, Québec le jeudi 15 septembre 2011 de 19h à 21h ainsi que le vendredi 16 septembre à partir de 13h. Sâ??il vous plaît, compenser lâ??envoi de fleurs par une offrande de messe, soit par un don versé à un organisme de votre choix ou encore au service des missions des Soeurs Servantes du Saint-Coeur de Marie, à lâ??attention de soeur Pauline Leblond, 37, avenue des Cascades, Québec (Québec) G1E 2K1. Les funérailles auront lieu le vendredi 16 septembre 2011 à 14h en la chapelle des Soeurs Servantes du Saint-Coeur de Marie, à Québec, et lâ??inhumation au cimetière de la communauté.

Source: Le Soleil - 2011-09-15 
Landry, Jeanne d'Arc (I18517)
 
2238 Son frère François est baptisé à La Rochelle, chapelle Ste-Marguerite le 25 janvier 1642. Un autre frère, aussi prénommé François, est baptisé à La Rochelle, St-Sauveur le 02 septembre 1657. Son frère Pierre, né le 11, est baptisé à La Rochelle, St-Nicolas le 15 mai 1655. Ses parents se sont mariés à Puyravault vers 1641.

Source: Fichier Origine 
Vézina, Louise (I8926)
 
2239 Son frère Guillaume est baptisé à Mortagne-au-Perche, église Sainte-Croix le 26 septembre 1644 de même que son frère Pierre, le 2 octobre 1647. Ses grands-parents sont Jacques et Michelle Pelle.

Source: Fichier Origine 
Paradis, Marie-Anne (I7877)
 
2240 Son frère Pierre est baptisé à Ars-en-Ré le 31 mars 1635.

Source: Fichier Origine 
Emond, René (I8712)
 
2241 Son père est baptisé à Cliponville le 20-08-1619. Il s'est marié en secondes noces à Marie Thilleron à Cliponville le 27-02-1653.

Source: Fichier Origine 
Thiboutot, Jacques (I8645)
 
2242 Son père est né à Montreuil-sous-Bois, St-Pierre le 22 mai 1623. Deux frères et deux soeurs sont baptisés dans la même paroisse dont Françoise-Madeleine, le 11 septembre 1650, Simon, le 10 mars 1654,Jean, le 07 octobre 1657 et Marie, le 20 février 1661. Ses grands-parents paternels sont Simon et Marguerite Vinantes. Ses grands-parents maternels sont Quentin et Marie Souhaite.

Source: Fichier Origine 
Savard, Denise (I8924)
 
2243 Souche des Couillard de Beaumont. Couillard de Beaumont, Charles (I8816)
 
2244 Sr Étiennette Landry, r.e.j. À la Maison provinciale des Soeurs de lâ??Enfant-Jésus de Chauffailles, à Rivière-du-Loup, le 17 octobre 2012, est décédée à lâ??âge de 95 ans et 10 mois, dont 75 ans et 2 mois de vie religieuse, soeur Étiennette Landry, r.e.j., en religion, (S. Marie-Joséphine). Originaire de Saint-Antonin, elle était la fille de feu M. Joseph Landry et de feu dame Elmyre Marquis. Elle était la soeur de feu Charles-Eugène (Albertine Perriard), feu Mignonnette (feu Joseph Gauvin), S. Olina, a.m.j., feu Marie-Ange, feu Camil (feu Dolorès Ouellet), feu Noël (feu Thérèse Martin), feu Gérard (feu Lucie Lavoie), feu Marie-Jeanne (feu Louis Lafrance), S. Florence, s.p., feu Françoise (feu Léopold Goulet), Juliette (feu Gilles Perreault). Elle laisse aussi dans le deuil des neveux, nièces, cousins et cousines. La communauté ainsi que la famille recevront les condoléances à la Maison provinciale des Soeurs de lâ??Enfant-Jésus de Chauffailles 60, rue Saint-Henri, Rivière-du-Loup le vendredi 19 octobre 2012 de 14h à 21h30 et le samedi 20 octobre 2012 de 9h à 14h. La messe des funérailles sera célébrée à 14h en la chapelle de la Maison provinciale des Soeurs de lâ??Enfant-Jésus de Chauffailles à Rivière-du-Loup et lâ??inhumation se fera au cimetière paroissial.

Le Soleil - 2012-10-19 
Landry, Etiennette (I19850)
 
2245 Sr Marie-Bernard (Blanche Bessette), baptisée le 6 mars 1902, a prononcé ses voeux en 1929 et est décédée le 20 novembre 1972. (J'ai enseigné avec elle à Shawinigan en 1955).

Sr Colette Allard, n.d.a. 
Bessette, Blanche (I1616)
 
2246 Sr Marie-de-la-Croix (Herméline Dubuc) (c'était la soeur de soeur Marie-Raymond). Ele a été baptisée le 18 mars 1889, a prononcé ses voeux en 1921 et est décédée le 23 février 1972.

Sr Colette Allard, n.d.a. 
Dubuc, Ermeline Marie Louise (I1593)
 
2247 Sr Marie-Raymond-de-Pennafort ( Marie-Ange Dubuc) qui a été baptisée le 25 août 1893 (nous n'avons pas la date de la naissance mais celle du baptême). Elle a prononcé ses voeux en 1921 et est décédée le 31 décembre 1963.

Sr Colette Allard, n.d.a. 
Dubuc, Marie-Ange (I1595)
 
2248 Au moins une personne vivante ou marquée privée est liée à cette note - Les détails ne sont donc pas publiés. En vie (I14884)
 
2249 Sur l'acte de baptême, sa mère est Marie Masti.
Lieu d'origine: St-Etienne, Marans, Charente-Maritime, France

Source: Fichier Origine

ENGAGEMENT

Le 05/06/1659 devant Alexandre Demontreau, notaire à La Rochelle, par Jeanne Mance.
Mathurin Thibaudeau s'engage à aller s'habituer en l'Ile de Montréal avec sa famille et à rembourser le prix de la traversée, 350 livres.

DESTINATION : le Canada

TRAVERSÉE

Parti sur Le Saint-André de 300 tonneaux commandé par le capitaine Guillaume Poulet.
Parti le 02/07/1659 de La Rochelle.
Arrivé le 07/09/1659 à Québec.
Les passagers embarquent le 29 juin 1659 et le navire arrive à Montréal le 29 septembre 1659.
Première mention en Nouvelle-France: 24/08/1660 à Montréal, confirmation

Source: PREFEN - Programme de Recherche sur l'Émigration des Français En Nouvelle-France

Il s'engage à La Rochelle et quitte le pays en 1659 avec sa femme et ses enfants(Catherine, Jeanne, Marguerite et Jacques) sur le navire le Saint-André. Il décède entre le 29 janvier 1685 et le 14 septembre 1687.

Source: Raguy, Fabien, 1997 ; Fournier, Marcel, 2001 
Thibodeau, Mathurin (I15352)
 
2250 Sur le navire Pembroke à Port-Royal en 1755

Source: Société historique Acadienne, (Moncton : Société historique acadienne), FC 2041 A1 C132., vol. 35, nos. 1 & 2 (janv-Juin 2004) Paul Delaney. 
Melanson, Anne Marie (I7361)
 

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